‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 83 sur 341 · BATAILLE DE BEACHY-HEAD · texte numérisé non relu

BATAILLE DE BEACHY-HEAD

de Fleurus, on avait enlevé une cinquantaine de canons à l’ennemi, et que les quinze vaisseaux détruits en portaient probablement un millier! Colbert eût été bien heureux d'assister à un tel spectacle !

A ces glorieuses nouvelles, Seignelai, désespéré d’être retenu à Versailles par la fièvre, qui minait ses forces, mais non son énergie morale, ne rêva plus qu’invasion de la Tamise et descente en Angleterre. La consternation était extrême autour de la reine Marie, régente du royaume en l'absence de Guillaume. Les jacobites s’agitaient et une contre-révolution paraissait probable. L'amiral Herbert sauva l'Angleterre d’un extrême péril en faisant enlever toutes les bouées et les balises de la côte et de la Tamise. Tourville, dépourvu de pilotes qui pussent suppléer, jusqu’à un certain point, à la disparition de ces indispensables indices, ne voulut pas exposer sa flotte à naufrager dans les sables de la Tamise : ne voyant plus d’ennemis qui tinssent la mer devant lui, il envoya quelques vaisseaux en Irlande, se rabattit sur la côte méridionale d'Angleterre, brüla la bourgade maritime de Teignmouth en Devonshire, avec quatre frégates et un certain nombre de navires marchands; mais l’effroi qu’il répandit ne servit qu'à montrer à quel point la cause de Jacques IT était impopulaire : les provinces du sud se levèrent en masse contre l'invasion attendue",

Pendant que Tourviile se couvrait de gloire, sans pouvoir réaliser tous les vœux de l’impétueux Seignelai, Jacques II perdait tout en Irlande. Le lendemain de la bataille de Beachy-Head, une autre bataille s'était livrée sur terre, avec un succès bien opposé (11 juillet). Jacques IT n’avait tenu aucun compte des avis de Louis XIV. Lorsque Guillaume IT, débarqué dans l’Ulster, marcha droit à lui avec une armée supérieure et par le nombre et par la qualité, Jacques IT refusa de se retirer sur le Shannon, au cœur de l'Irlande celtique, prétendit couvrir Dublin et attendit l’ennemi près de Drogheda, aux bords de la Boyne. Guillaume avait

1. L. Guérin, t. Il, p. 17-28. E. Sue, t.IV, p. 98-125.— Sainte-Croix, Hist. de la puiseance navale de l'Angleterre, t. IT, p. 17, 384. — Relation de Jacques II, dans les Mémoires de Berwick, t. Ir; p. 455. — HMém. de Villette, p. 96. — Mém. de Forbin, p. 519.— Quinci, t. Il, p. 314. — V. dans E. Sue, la relation de Petit-Renau. Un boulet lui passa entre les jambes pendant qu’il traçait l’ordre de bataille. M. Mac-Aulay réduit trop l'importance de la journée de Beachy-Head et n’est pas juste envers Tourville.

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trente-cinq à quarante mille excellents soldats, Anglais, Hollandais, Danois, Ultoniens (protestants de l'Ulster), réfugiés français : Jacques avait une trentaine de mille hommes, Irlandais et Français, et l’infanterie irlandaise n’était qu'un ramassis de paysans pillards qu’on n’avait pas pris la peine de discipliner. Les Français se trouvèrent ainsi face à face, les uns sous le vieux Schomberg, les autres sous le comte de Lauzun, ancien favori de Louis XIV, longtemps disgracié par son maître et demeuré célèbre par ses romanesques aventures et son mariage secret avec la Grande Mademoiselle !, l'héroïne un peu surannée de la Fronde. Guillaume fit remonter la rivière durant plusieurs milles par son aile droite, avec ordre de forcer le passage au pont de Slane et de tourner la gauche des catholiques. Un régiment de dragons irlandais qui défendait ce passage fut culbuté. Lauzun courut arrêter les assaillants avec l'infanterie française et une partie de la cavalerie irlandaise. Guillaume alorss’avança vers la rivière avecson aile gauche, tandis que Schomberg marchaït à la tête du centre, précédé par Ruvigni de Caillemotte, fils du dernier député-général des églises réformées de France et commandant des réfugiés huguenots. L’infanterie de Jacques IT lächa pied rien qu’à voir la contenance des assaillants ; mais la cavalerie irlandaise chargea vaillamment dans le lit de la rivière. Ruvigni tomba blessé mortellement, en criant à ses huguenots:: « À la gloire! à la gloire!» comme pour leur offrir dans la gloire une compensation de la patrie perdue. Les réfugiés pliaient : le vieux Schomberg poussa soncheval dans les eaux de la Boyne : « Allons, Messieurs, allons; voici vos persécuteurs ! » Il franchit la rivière et tomba à son tour frappé de trois coups mortels. Mais, de toutes parts, l’armée protestante iforçait le passage, et Guillaume avait atteint l’autre rive et:se jetait au plus épais de la mêlée. La brave cavalerie irlandaïse se fit hacher, tandis que l’infanterie continuait de fuir. Les Français se retirèrent en bon ordre. Quant à Jacques, qui s'était tenu à distance, par un honteux contraste avec son rival, il fuit, quasi sans s'arrêter, jusqu’au havre de Kinsale : il y trouva dix des vingt: cinq frégates destinées à nettoyer le canal de Saint-Georges et à

4. V. Mém. de mademoiselle de Montpensier; Lettres de madame de Sévigné, ete.

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