FRISE DE MONS. LEUSE
Guillaume, de son côté, fut rappelé dans la Grande-Bretagne, après ce nouvel échec, par les agitations de ses orageux royaumes : quand il revint en Belgique, au bout de quelques semaines, les Français s'étaient déjà remis en mouvement. Dès la fin de mai, le lieutenant-général Boufflers s'était porté sur Liége avec une quinzaine de mille hommes et avait bombardé cette grande cité, pour punir le prince-évèque et les Liégeois de s'être unis à la ligue d'Augsbourg et d’avoir reçu des troupes alliées dans leur ville. Boufflers n’était pas en état d’assiéger Liége et se retira sur le bruit qu’un corps d’armée venait au secours (1-6 juin). Luxembourg, sur ces entrefaites, avec le gros de l’armée, prenait Hall et menaçait Bruxelles. Guillaume était arrivé à temps pour couvrir la capitale des Pays-Bas catholiques. Il ne tarda pas à se trouver supérieur en nombre par la jonction de puissants renforts. Les alliés eurent, cette année-là, plus de quatre-vingt mille combattants entre la Moselle et la mer. Ces grandes forces demeurèrent inutiles : Luxembourg les tint en haleine jusqu’à la mi-septembre, en les réduisant à la défensive. Les alliés, rebutés, songèrent, dès l'entrée de l'automne, à prendre leurs quartiers d'hiver. Guillaume quitta le camp et laissa au prince de Waldeck le soin de séparer l’armée. Les alliés étaient près de Leuse : les Français étaient vers Tournai et paraissaient aussi disposés à l’hivernage : les alliés ne se gardaient pas très-soigneusement. Tout à coup, le 19 septembre, quatre mille cavaliers tombent comme la foudre sur leur arrière-garde; c'était Luxembourg en personne, avec la maison du roi et quelques autres corps d'élite. Plus de dix mille cavaliers ennemis accourent et se forment sur trois lignes : ils sont enfoncés, sabrés, culbutés les uns sur les autres, poursuivis jusque sous le feu de l'infanterie qui s’avance pour recueillir leur déroute; puis les Français se retirent fièrement, emportant quarante étendards et laissant le terrain jonché de quinze cenis ennemis. Vingt-sept ou vingt-huit escadrons' en avaient battu soixantedouze à soixante-quinze. Ce beau fait d’armes termina brillammen la campagne des Pays-Bas.
1. Encore, sur ce chiffre, 6 ou 7 escadrons de dragons avaient-ils été employés à tirailler contre l'infanterie ennemie. — Le roi, cette fois, moins dur qu’aprés Fleurus, fit traiter les réfugiés protestants comme les autres prisonniers de guerre. Leltres militaires, t. VII, p. 436-453.
La campagne d'Allemagne fut encore plus nulle que l’année précédente. Les Français ne paraissaient pas se proposer d'autre avantage que de vivre sur le pays ennemi et d'empêcher iles Allemands de pénétrer en France, comme ils avaient fait pendant la guerre de Hollande. Ce but fut atteint dans cette campagne comme dans les suivantes.
Les alliés avaient projeté un effort considérable vers les Alpes; mais, là encore, ils furent prévenus. Dès le commencement de mars, le gros des troupes de Catinat, qui avaient été mises en quartiers d’hiver dans le Dauphiné et la Provence, passèrent le Var, investirent Nice et assiégèrent Villefranche. Une petite escadre seconda les opérations de l’armée de terre. Le château de Villefranche capitula au bout de quelques jours : les forts de la montagne et de la mer, entre Villefranche et Nice, suivirent cet exemple. Le 24 mars, toutes les troupes se réunirent devant Nice. La ville était sans défense; les consuls se hâtèrent de traiter avec Catinat sans consulter le gouverneur du château. Ce gouverneur voulut s’y opposer ; les bourgeois tirèrent sur les soldats piémontais et firent entrer les Français. Le château, situé sur un rocher escarpé qui commande la ville et la mer, semblait devoir résister longtemps, mais, les bombes françaises ayant fait sauter les deux magasins à poudre, avec une partie du donjon et quatre ou cinq cents soldats, le reste de la garnison rendit la place le 5 avril. La Provence fut ainsi mise à l’abri de toute invasion par l’occupation des Alpes Maritimes, sa frontière naturelle.
Après avoir conquis si rapidement cette place célèbre, dont les Français n'avaient jamais pu s'emparer pendant les guerres du xvie siècle, Catinat rentra en Piémont, se remit en mouvement avant la fin de mai et prit Avigliana et Carmagnola ( 30 mai- 9 juin). Ses lieutenants, moins heureux et moins habiles, échouèrent contre Coni (22-28 juin). Le duc de Savoie fut rejoint, bientôt après, par l'électeur de Bavière, à la tête d’un corps nombreux des vieilles bandes de Hongrie : Schomberg, fils du maréchal tué à la Boyne, était arrivé aussi avec plusieurs régiments de réfugiés huguenots; Catinat disputa le terrain à trente mille hommes avec vingt mille, pendant le reste de la saison. Il ne put empêcher l'ennemi de reprendre Carmagnola au mois d'octobre et dut