PRISE DE NICE
évacuer Saluces et les plaines du Piémont; mais il s’en vengea en revenant, de l’autre côté des monts, emporter la place, beaucoup plus importante, de Montmélian, qui acheva de mettre les Français en possession de la Savoie (nov.-déc.).
Sur les Alpes comme dans les Pays-Bas, les alliés n’avaient donc pas seulement échoué dans leurs desseins; ils avaient perdu des positions considérables. Le duc de Savoie, réduit à défendre ses possessions italiennes, n’avait plus un pouce de terre sur le revers français des Alpes.
Sur la frontière d'Espagne, le duc de Noaïilles, avec une petite armée d’une dizaine de mille hommes, prit Urgel et fit des courses sur les confins de la Catalogne et de l’Aragon. A l’autre bout des Pyrénées, vers la Bidassoa, on ne se ressentait pas de la guerre : une trêve locale avait été conclue pour le pays basque et navarrois. Les villes maritimes d'Espagne, après les places fortes des Pays-Bas et du Rhin, eurent à subir le cruel système du bombardement. Victor-Marie d’Estrées, avec les galères de Toulon et quelques vaisseaux et galiotes, alla jeter huit cents bombes dans Barcelone et deux mille dans Alicante (juillet), ces deux villes n’ayant pas voulu se racheter par une rançon. On s’imaginait faire révolter Barcelone en la bombardant : on ne parvint qu’à effacer ce qui pouvait subsister chez elle de sa vieille sympathie pour la France.
Les alliés ne réussirent qu’en Irlande. Louis XIV, cependant, voyant que les Irlandais continuaient à se défendre après la désertion de leur roi, avait recommencé à les secourir. Nos escadres leur avaient porté, à diverses reprises, beaucoup d'officiers, des ingénieurs, des artilleurs, avec du canon, des munitions, des armes et même des chevaux, et enfin un général pour diriger l'emploi de toutes ces ressources. Louis n’avait pas la main heureuse quand il s'agissait de donner des généraux à l'Irlande. Lauzun avait fort mal réussi l’année précédente. Le nouveau chef qu’on envoya, Saint-Ruth, comptait pour principal titre militaire d'avoir été un des plus implacables exécuteurs des dragonnades. À peine entré en campagne à la tête de l’armée irlandaise, il laissa emporter d'assaut, presque sous ses yeux, la forte position d’Athlone par les Anglais (10 juillet). Le général hollandais Ginckel,
qui commandait en Irlande pour le roi Guillaume, passa le Shannon et envahit le Connaught, refuge de l'insurrection. Saint- Ruth, au lieu de harceler l'ennemi et de l’inquiéter par des diversions, comme le conseillaient les chefs irlandais, accepta la bataille auprès d’Aghrim. Ginckel attaqua sans hésiter; il n’avait que vingt mille hommes contre vingt-cinq mille; mais les troupes protestantes étaient bien plus disciplinées et plus aguerries que leurs adversaires. Les Irlandais se défendaient vaillamment dans un bon poste, lorsqu'un boulet emporta Saint-Ruth. Sarsfield, commandant de la réserve, ne recevant pas d’ordres et ignorant la mort de son chef, ne chargea point à temps une colonne ennemie qui tournait l’armée irlandaise. La position fut emportée et les Irlandais rompus avec une perte incomparablement plus grande qu’à la Boyne (22 juillet). Gallway, la place la plus considérable du Connaught, se rendit sans beaucoup de résistance. Guillaume créa comte de Gallway le réfugié français Ruvigni, à qui appartenait la principale part dans la victoire d’Aghrim; c'était le frère aîné de Ruvigni de Caillemotte, tué à La Boyne. Le fils de Schomberg avait déjà été créé duc de Leinster.
Ginckel marcha sur Limerick, où s'étaient retirés les débris des forces irlandaises. Les assiégés étaient encore presque égaux en nombre aux assiégeants ; mais leur constance était ébranlée par la mauvaise fortune, et Limerick ne fut pas si énergiquement défendu que l’année précédente. Au bout d’un mois de siége, les Irlandais entrèrent en négociation avec Ginckel et les pourparlers aboutirent à une capitulation générale pour tout le parti. Le général Ginckel et les deux lords-juges d'Irlande pour le roi Guillaume garantirent aux catholiques irlandais les libertés dont ils avaient joui du temps de Charles IT. Tous les Irlandais du parti jacobite, qui n’avaient point été nominativement condamnés, devaient recouvrer leurs biens et leurs priviléges, à condition de reconnaître Guillaume et Marie; les lords-juges feraient leurs efforts pour obtenir l’abrogation des condamnations prononcées. Ceux des défenseurs de Limerick et des autres postes encore occupés par les jacobites, qui ne voue draient pas se soumettre à cette condition, seraient transportés, avec armes, bagages et chevaux, sur bâtiments anglais, dans