PRISE DE NAMUR
sailles, en laissant à Luxembourg l’armée des Pays-Bas réduite à soixante-dix mille hommes.
Guillaume se renforça pendant que les Français s’affaiblissaient : il fut joint par sept ou huit mille soldats du duc de Hanovre, qui, après avoir beaucoup hésité à entrer dans la Grande Alliance, s'était décidé à faire marcher toutes ses troupes contre les Français et contre les Turcs, moyennant la promesse obtenue de l’empereur par Guillaume d’ériger son duché en électorat. Guillaume tenta de venger son affront de Namur : il feignit de menacer Namur ; Luxembourg, qui était dans le nord du Hainaut, jeta du côté de Namur une vingtaine de mille hommes sous les ordres du lieutenant-général Boufflers; puis, détrompé par les mouvements de Guillaume, il rappela Boufflers; mais, avant que celui-ci eût pu rejoindre l’armée, Luxembourg fut surpris et attaqué par son royal adversaire avec des circonstances qui rappelèrent le combat de Saint-Denis-sous-Mons !. Luxembourg se gardait mal, persuadé par un faux rapport d’espion que Guillaume avait un tout autre dessein que de prendre l'offensive ce jour-là (3 août). Guillaume savait que le terrain accidenté et resserré où se trouvaient les Français, entre Enghien et Steenkerke, ne leur permettrait pas de déployer leur formidable cavalerie, et il comptait avoir tout avantage dans un engagement d'infanterie où il aurait une très-grande supériorité de nombre. En effet, une brigade d'infanterie qui formait l'extrême droite du camp français plia d’abord sous un feu écrasant et perdit son poste ; heureusement Guillaume fut retardé par des obstacles qu’il n’avait pas prévus, par des fossés et des clôtures. Ce peu de temps suffit à Luxembourg, tout affaibli qu’il fût en ce moment par la fièvre, pour remettre en ordre ses bataillons. Les dragons mirent pied à terre et soutinrent l'infanterie. Une furieuse lutte s’engagea sur un front d’une demi-lieue de large, coupé de ravins et de haies, resserré entre de grands bois et la petite rivière de Senne. Le centre français faiblit sous la violence du feu; les ennemis débouchèrent des bois et s’emparèrent de quelques pièces de canon : le moment était critique ; le duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé, le prince de Conti, le duc de