‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 99 sur 341 · V. notre t® XIII, p · texte numérisé non relu

V. notre t® XIII, p

Vendôme ‘, le jeune duc de Chartres, neveu du roi (qui devait être un jour le Régent), descendirent de cheval, marchèrent à la tête des gardes françaises et suisses, enfoncèrent l’ennemi à la pointe de l'épée et de la pique, reprirent l'artillerie perdue, enlevèrent plusieurs canons aux alliés et taillèrent en pièces la brave infanterie écossaise de Guillaume. A droite comme au centre, les Français ressaisirent l'avantage au prix de flots de sang ; à gauche, la fortune était encore très-incertaine, quand Boufflers commença de déboucher sur le champ de bataille avec son corps détaché et lança ses dragons au secours de la gauche française. L'ennemi céda enfin sur tous les points et pressa sa retraite à travers les défilés et les bois : la nuit et la fatigue empêchèrent l’armée française de le poursuivre. Les pertes étaient très-grandes des deux côtés : quinze ou seize mille morts ou blessés, dont près de sept mille Français, jonchaient le théâtre du carnage; douze ou quinze cents prisonniers étaient restés entre les mains des vainqueurs.

La bataille de Steenkerke eut une renommée très-populaire : pendant quelque temps, toutes les modes furent à la Steinkerque. Elle avait attesté, que, dans l’armée française, l'infanterie valait la cavalerie : l'infanterie avait eu à son tour sa journée de Leuse. Ce fut à la suite de cette journée qu’on supprima l’incommode mousquet à mèche, pour lui substituer généralement le mousquet à pierre ou fusil. Ces deux armes étaient depuis quelque temps mêlées dans l'infanterie française, et les alliés nous avaient donné l’exemple d'abandonner presque entièrement le mousquet à mèche”,

Guillaume ne réussit guère mieux à mettre à profit la victoire

1. Fils du duc de Vendôme-Mercœur et neveu de Beaufort, le héros de la Fronde.

2. Lettres militaires, &. VIIT, p. 181. — Quinci, t. IT, p. 523-549. — Saint-Hilaire, t. I, p. 41. — La Hode, t. IV, p. 584. — Berwick, t. Ie, p. 113. — Mac-Aulay, Guillaume 111, &. IT, ch. 1. — On découvrit sur ces entrefaites, en Belgique, un complot tramé par un Français nommé Grandval contre la vie de Guillaume. Grandval, traduit devant un conseil de guerre, déclara que c'était le ministre Barbezieux qui l'avait aposté, que le coup avait été prémédité du vivant de Louvois, et qu'il avait eu une audience du roi Jacques à Saint-Germain avant de partir. Il fut pendu et écartelé. Les alliés donnèrent une grande publicité à cette affaire. La cour de France garda le silence, Les alliés en conclurent que Louis XIV tolérait maintenant un genre de crime qu’il avait naguère repoussé avec indignation, Il n'avait pas su d’avance; mais il ne punit point après. Barbezieux, coupable ou non, gaïda sa place. Ibid,

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de La Hougue qu’à venger la perte de Namur. Les alliés, après avoir fait échouer le projet de descente en Angleterre, avaient prétendu, à leur tour, opérer une descente en France et soulever les protestants de l’Ouest. Le duc de Leinster (Schomberg) et le comte de Gallway (Ruvigni) avaient été embarqués avec un corps d'armée composé en partie de réfugiés et des ressources trèsconsidérables en armes, en équipements et outillage ; mais le vent, qui avait favorisé les alliés au commencement de la campagne, les repoussait maintenant. L'été était avancé : le conseil de guerre reconnut l’impossibilité d’attaquer la côte avec quelque chance de succès, et la flotte alliée, sortant enfin de la Manche, alla débarquer à Ostende dix mille soldats, qui, renforcés par un détachement de l’armée de Guillaume, parvinrent à s'emparer de Furnes. Ce fut là tout le résultat de ce puissant effort. D’un autre côté, à peine la flotte alliée avait-elle quitté la Manche, que les Français avaient recommencé à tenir la mer, et que des vaisseaux et des frégates, sortis de Brest et de Saint-Malo, s'étaient remis à courir sus aux flottes marchandes entre les côtes d’Espagne et celles des Iles Britanniques. Cinq vaisseaux de guerre hollandais furent pris ou coulés en défendant les marchands qu’ils escortaient. Les corsaires malouins enlevèrent beaucoup de navires au commerce anglais. Les Anglais avaient perdu en outre deux vaissceaux de guerre dans un combat aux Antilles. Ce ne fut qu'un cri dans toute l’Angleterre : A quoi bon gagner des batailles navales et se ruiner en armements immenses, si l’on ne pouvait empêcher les Français d’écumer la mer comme s'ils eussent été vainqueurs à La Hougue ?

C’est que, dans la guerre de course, la partie n’était pas égale. Les Français ayant, en comparaison de leurs ennemis, grâce au vaste développement de leur marine militaire, peu de commerce maritime, mais beaucoup de matelots, portaient aux deux nations commerçantes dix coups pour un.

La guerre avait continué d’être assez insignifiante en Allemagne. Le maréchal de Lorges, général peu résolu et peu actif; ne sut pas remplir les intentions du roi, quoique la désunion et l'incapacité

}. Quinci, t. I, p. 590-603. — Mac-Aulay.

des princes allemands qu’il avait en tête lui offrissent de belles chances. L'électeur de Saxe étant mort à la fin de la campagne précédente, son fils, dont le ministre avait été, dit-on, acheté par Louis XIV, s'était contenté d'envoyer un faible contingent à l’armée du Rhin, au lieu de venir en personne avec toutes ses troupes, comme l’empereur y comptait. Par cette espèce de défection, les Allemands se trouvèrent à peine égaux en nombre aux Français (trente et quelques mille hommes de chaque côté) et inférieurs en qualité de troupes. Cependant, la guerre resta sur la rive gauche du Rhin, dans le Palatinat, autour des ruines de Spire et de Worms, jusqu’en septembre. Vers le milieu de ce mois seulement, Lorges passa le Rhin à Philipsbourg et alla battre et dissisiper près de Phortzheim un camp volant de six mille chevaux, commandé par le prince administrateur (régent) de Würtemberg, qui fut pris. Ce succès n’eut aucune suite.

Il ne se passa rien vers les Pyrénées qui fût digne de mémoire.

Les Alpes furent le seul point du continent où les alliés obtinrent momentanément quelques succès. La défensive imposée à Catinat, avec des ressources insuffisantes en équipages et en matériel, eut de fâcheuses conséquences. On peut s’étonner d’entendre parler d’insuffisance, après de si énormes levées d’hommes et de chevaux ; mais la main de fer de Louvois n’était plus là pour assurer tous les services avec sa précision mathématique. La détresse financière rejaillissait aussi sur les armées, principalement sur cette armée lointaine qu’on sacrifiait à celle des Pays-Bas. Catinat, qui, d’après les états, devait avoir cinquante mille hommes, n’en eut au plus que trente-huit mille, mal nourris et mal payés. Il avait eu ordre de se borner à couvrir Pignerol et Suze. Le duc de Savoie, qui avait de cinquante-cinq à soixante mille hommes, laissa des corps d'observation devant ces deux places et devant Gasal, et fit entrer en Dauphiné trente mille hommes par les cols de Var, de Miraboue et de l’Argentière. Les barbets, avides de vengeance, lui servirent de guides à travers les dangereux passages des Alpes. Le duc, à la tête du principal corps, descendit par le col de Var dans la vallée de Queiras, qui débouche sur la Durance entre Briançon et Embrun : il mit le siége devant Embrun, le 5 août. Trois ou quatre mille hommes, tant troupes régulières que

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