Mém. de Villars, p
France soutint la nationalité polonaise exclusive et le beau-père de Louis XV; mais les difficultés étaient énormes : le cardinal de Fleuri, mal avec la fille de Stanislas, qui avait le tort à ses yeux d’être la créature de Monsieur le Duc et de madame de Prie, n'avait rien préparé pour cette éventualité,; l’Autriche et la Russie, au contraire, étaient d'accord à l’avance pour exclure Stanislas et l'influence de la France : leur traité de 1732 avec le Danemark stipulait, dit-on, par un article secret, qu’on s’opposerait, en cas de mort d’Auguste IT, à l'élection d’un roi qui serait fils ou beau-père du roi de France, et le roi de Prusse avait adhéré à cet engagement. Si l’on prenait toutefois le parti d'appuyer Stanislas, il fallait agir avec la plus grande célérité et la plus grande vigueur; envoyer sur-le-champ Stanislas à Dantzig et l'y faire suivre au plus tôt par une flotte chargée de forces imposantes, qui débarqueraient aussitôt que les Saxons interviendraient en faveur de leur prince; menacer les ports r“ es dè la Baltique, entraîner la Suède, regagner le Danemark, peu affectionné à la ligue austrorusse, tâcher d'obtenir la neutralité prussienne, enfin conclure au plus vite avec l'Espagne et la Sardaigne pour attaquer l’'empereur en Italie. Restait un problème redoutable; la Hollande, dont la vie politique s’affaiblissait de jour en jour, demeurerait certainement neutre; mais que ferait l'Angleterre? Souffrirait-elle que la France relevât sa marine et dominât la Baltique? et, si elle intervenait contre nous, comment se mettre assez vite en mesure de soutenir le choc, dans l’état de délabrement où l’on avait laissé tomber nos flottes et nos arsenaux ?
Il y avait un second parti à prendre, moins chevaleresque, moins simple à concevoir, mais d’une politique plus profonde. C'eût été de changer l'instrument de dégradation de la Pologne en un instrument d'indépendance et de régénération : resserrer, au lieu de le rompre, le lien de:la Pologne avec la Saxe, faire du protégé des Russes le protégé de la France, faire renoncer Stanislas à la couronne et accepter Auguste IIT aux patriotes polonais, en garantissant les libertés nationales et en poussant à la modification des lois qui entretenaient la Pologne dans un état d’impuissance anarchique, c’était là une conception qui offrait de grands avantages, il n’était plus nécessaire de s'emparer de la