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AFFAIRES DE POLOGNE

Baltique, ni de s’exposer à la guerre maritime contre les Anglais ; on maintenait compacte en Allemagne le parti opposé à la pragmatique autrichienne, et la France avait ses communications ouvertes avec la Pologne par le Palatinat, la Bavière et la Saxe, ses alliés; il n’était peut-être pas même impossible de renouer, au moins pour un temps, l’accord manqué avec la Russie, de gagner à cette combinaison les aventuriers allemands qui gouvernaient l'empire russe sous le nom de la tzarine Anne et d'arriver à isoler l'Autriche; la Prusse n’eût probablement pas bougé.

Des deux partis qu’on vient d'exposer, le premier fut embrassé avec vivacité et par les vieux généraux de Louis XIV, qui s’ennuyaient de voir se faner leur gloire, et par les hommes de la jeune cour, qui aspiraient à conquérir à leur tour la renommée et les honneurs militaires; ils allèrent tous au plus simple et au plus apparent. Quant au second parti, un seul homme dans le gouvernement était capable de le concevoir et de l’exécuter; c'était Chauvelin : il en eut la pensée. On en trouve des indices certains dans les écrits de son ami, de l'héritier de sa politique, du patriote marquis d’Argenson; mais tout point d'appui manquait. Ceux qui voulaient la guerre, dans le conseil et autour du roi, eussent crié au sacrilége si l’on eût parlé de sacrifier le beau-père de Louis XV à des vues trop savantes pour eux, et, quant à Fleuri, rien n’était plus impossible au monde que de lui faire adopter une politique soudaine et décisive, quoique, au fond, le second parti dût lui convenir beaucoup mieux que le premier. Un troisième lui eût convenu davantage encore; c'était celui de ne rien faire. Il ne put s’y tenir : le cri général était trop fort; il n’osa le braver; la même faiblesse qui rendait Fleuri pacifique, le rendait impuissant à résister aux partisans de la guerre. Ce ne fut pas le roi qui lui força la main. Louis restait indifférent, inerte, pendant les vifs débats du conseil; pas un rayon n’illuminait sa belle et froide figure quand on parlait de gloire; pas une parole juvénile ne sortait de sa bouche dédaigneuse; le sang de Henri IV et de Louis XIV semblait figé dans ses veines. -

Le conseil du roi décida de soutenir Stanislas, on avait reçu une lettre par laquelle le primat de Pologne, régent du royaume pendant l’interrègne, réclamait la protection du roi de France en

faveur de l'indépendance polonaise. Dès la nouvelle de la mort d’Auguste IF, l’empereur et la tzarine avaient manifesté lintention formelle d’exclure Stanislas, l’un et l’autre prenant pour prétexte leur droit de garantir les lois et les libertés de la Pologne! L'empereur revendiquait les anciens traités de secours réciproques qui avaient joint fraternellement la Pologne avec son royaume de Hongrie, et la {zarine s’en référait à la médiation de son oncle Pierre le Grand entre Auguste IT et les mécontents polonais confédérés, en 1717. Stanislas avait été exclu et banni par une lai qu'avait dictée l'étranger, et l'étranger prétendait protéger la constitution de la Pologne en maintenant cette loi; c’est là le commencement de ce système de mensonge et d’hypocrisie par lequel l’Autriche et la Russie préparèrent et consommèrent le meurtre de la nationalité polonaise.

Le 17 mars, Louis XV, en réponse aux démonstrations hostiles de l’empereur, signifia aux ambassadeurs étrangers qu’il maintiendrait, autant qu’il serait en lui, la liberté de l'élection polonaise et qu'il considérerait toute entreprise contraire à cette liberté, comme une atteinte à la paix de l’Europe. La diète polonaise, encouragée par la déclaration du roi de France, décida l'exclusion de tout candidat étranger {(avril-mai)"'.

On avait parlé, il fallait agir; Fleuri n’agit pas, du moins en Pologne. Au lieu de dépêcher tout de suite Stanislas à Dantzig, comme l'avait demandé instamment le primat de Pologne aussitôt après la mort d’Auguste IT, Fleuri retint le royal candidat plusieurs mois en France, se contenta d’abord d’envoyer de l'argent comptant (3 millions) et d'ouvrir un crédit à l'ambassadeur français en Pologne; puis, quand il se décida enfin à faire des préparatifs maritimes, il embärqua quinze cents soldats à Brest sur une peute escadre, avec un seigneur français qui jouait le rôle de Stanislas, tandis que ce prince traversait l’Allemagne et gagnait Varsovie sous un déguisement (août - septembre). C'était là tout

1. Sur l’ensemble des affaires de Pologne, v. Rousset, Recueil d'actes, négociations, etc., depuis la paix d'Utrecht, t. IX, p. 137-279 [avril 1733, février 1734); t. XI, p. 3-112 (1734-1735). Ce recueil, publié en Hollande, fait suite à celui de Lamberti. —V. aussi Hisloire de la dernière guerre et des négociations pour la pair, par P. Massuet, t. ler, Amsterdam. 1737; — et Mém. de Villars, p. 431 et suivantes.

(1733) STANISLAS EN POLOGNE. 177 ce que le cardinal-ministre entendait faire pour dégager la parole donnée par le roi de France aux Polonais !

Les ennemis avaient mieux employé leur temps : la Pologne était déjà resserrée entre deux armées russe et autrichienne : l'électeur de Saxe s'était assuré l'appui de lempereur en acceptant la pragmatique, qu'avait repoussée son père; il gagna la Russie en promettant l'investiture de la Courlande au Courlandais Biren, favori de la tzarine, et de riches starosties aux Allemands Munich et Osterman, ses principaux ministres (juillet 1733). L'intérêt moscovite n’était pourtant pas que la Pologne eût un roi qui possédât une certaine puissance personnelle; mais le misérable caractère d’Auguste IL, sa frivolité, son incapacité, ne compensaient que trop la force propre que lui donnaient les ressources de la Saxe. La diète d'élection, à peine réunie le 25 août, reçut la nouvelle de l'entrée des Russes en Pologne. Cinquante mille soldats marchaient sur Varsovie. Un certain nombre d’opposants quittèrent la diète; tout le reste, soixante mille gentilshommes‘, votèrent pour Stanislas. Un seul noble avait prononcé le trop fameux veto; il se rétracta et Stanislas fut proclamé le 12 septembre.

Ce qui suivit montra où était tombée la Pologne par l'excès de l'indépendance individuelle des nobles, par l’asservissement des paysans et l'absence de toute organisation des forces nationales *. Les Polonais n'eurent point affaire à toute la coalition formée contre eux ; les Autrichiens, massés en Silésie, ne passèrent point la frontière : l’empereur, voyant que la Prusse et le Danemark restaient immobiles et commençant à craindre avoir trop compté sur la faiblesse du gouvernement français, +. tra éviter la guerre en s’abstenant de participer matériellement à l'invasion de la Pologne. Les Russes et les Saxons suffirent, avec le concours d’une faible minorité de factieux. La noblesse polonaise se dispersa pour défendre ses foyers ravagés par les bandes cosaques et kalmoukes, qui brûülaient châteaux et villages : les armées régulières de Pologne et de Lithuanie, très-faibles en tous temps, avaient été désorganisées systématiquement par Auguste IT, qui

1. Un des manifestes du parti de Stanislas dit environ cent mille. 2. Nous reviendrons sur les institutions de la Pologne et les causes de sa ruine,

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