FIN DE VILLARS. PARME
à l'appui de sa demande de rappel, était véritable : la fatigue et le chagrin avaient achevé d’user les ressorts de sa vie; il fut obligé de s'arrêter malade à Turin et y-mourut le 17 juin, à quatrevingt-deux ans. Ce fut le dernier des grands généraux français de l'ancien régime.
On lui fit de sanglantes funérailles. Le plan offensif des Autrichiens avait été retardé par une double attaque d’apoplexie survenue au comte de Merci, général aussi actif qu'intrépide. Ses lieutenants, de la fin de mai au commencement de juin, avaient attaqué les avant-postes français, repliés sur la Parma, et s'étaient fait rejeter de la Parma sur la Lenza. Merci, rétabli, remonte la Parma et la franchit au-dessus de Parme : le 29 juin, au matin, il marche droit aux retranchements franco-piémontais, qui appuyaient leur gauche aux glacis de Parme, leur droite au village de Crocetta et à des marais qui s'étendent jusqu’au Taro : le chemin de Parme à Plaisance, bordé de deux canaux profonds, couvrait le front étroit de ces boulevards. Le roi de Sardaigne était absent : le plus ancien des lieutenants-généraux français, le marquis de Coigni, venait de recevoir le commandement en chef avec le bâton de maréchal : il avait pris de bonnes dispositions défensives et l'attaque était fort téméraire. Elle fut poussée avec une extrème énergie par la droite ennemie : Merci voulait couper les Franco-Piémontais d'avec Parme et les acculer au Pô. Les assaillants comblent de leurs cadavres les fossés que les fascines ne suffisent point à combler : les premiers rangs engloutis, les autres passent sur leurs corps! Le double canal du chemin de Plaisance est franchi; mais la première ligne française qui a plié a derrière elle trois autres lignes d'infanterie, que la cavalerie soutient : cette masse profonde arrête l'ennemi par un feu effroyable ; Merci tombe mortellement blessé, comme autrefois son ancêtre, le grand comte de Merci, à Nordlingen ; le prince Louis de Würtemberg, qui prend le commandement, est bientôt à son tour, mis hors de combat; cinq autres généraux autrichiens, une foule d'officiers supérieurs, jonchent les retranchements français; le feu des Impériaux se ralentit peu à peu; sur le soir, ils se retirent vers la Secchia. Pas un bataillon, de part ni d'autre, n'avait perdu ses drapeaux et l’on n'avait pas fait un prisonnier. Les
Franco-Piémontais avaient perdu presque autant d'officiers que les Autrichiens, mais moitié moins de soldats. L’ennemi avoua une perte de six mille hommes, que nos relations élèvent beaucoup plus haut.
Le roi de Sardaigne arriva au camp le lendemain de la bataille et reprit la conduite de l’armée; mais il mit dans la poursuite une lenteur qu’on voulut bien attribuer au défaut de vivres. Le gros des ennemis eut le temps de traverser le Modénais, de gagner la Mirandole et de se retrancher entre cette place et Revere sur le Pô. Les Franco-Piémontais s’établirent sur la Secchia et occupèrent le Modénais, dont le souverain s'était montré favorable aux Autrichiens. L'armée impériale, renforcée de quelques milliers d'hommes venus du Tyrol et commandée par un nouveau chef, le feld-maréchal Kônigsegg, se trouva en état de se reporter en avant, moins de tivis semaines après la bataille de Parme, et vint camper sur a rive droite de la Seccha, en face des Franco-Piémontais. Ceux-ci occupaient la rive gauche, de Bondanello à l’emnouchure de la Secchia dans le Pô, et tenaient Quistello vers leur centre, comme une tête de pont à la droite de la Secchia. On resta près de deux mois en présence sans bouger, mais non pas sans souffrir beaucoup de ce séjour malsain du Pô. Les Franco- Piémontais se gardaient mal; ils avaient la majeure partie de leurs chevaux au vert dans le Modénais. La Secchia était guéable sur beaucoup de points. Le 15 septembre, à l'aurore, un corps d’Impériaux fit soudainement une fausse attaque vers l'embouchure de la Secchia, pendant que Kônigsegg en personne, avec un autre Corps, passait cette rivière près de Bondanello, à l'extrême droite des Français, et se jetait sur le quartier du maréchal de Broglie, qui avait été associé à Coigni dans le commandement de l’armée française. Broglie n’eut que le temps de s'échapper en chemise; son fils, ses gens, ses équipages, furent pris; l’extrême droite française fut coupée d'avec le centre; l'ennemi descendant la Secchia, poussa vers Quistello, s’en empara, enleva le bagage, la caisse, l'argenterie du roi de Sardaigne, beaucoup d'artillerie et de munitions, une grande quantité de chevaux et de mulets. Une entière déroute pouvait être la conséquence de cette surprise. Il n’en fut rien. Les Franco-Piémontais se rallièrent derrière un Canai et des
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cassines fortifiées. Le lendemain 16, comme les Impériaux sembiaient manœuvrer pour se porter entre l’armée franco-piémontaise et les ponts qu’elle avait sur le Pô, derrière Guastalla, le roi de Sardaigne et les deux maréchaux se replièrent vivement sur Guastalla et y devancèrent l'ennemi. Le 17, un fort détachement, posté à l'embouchure de la Secchia, ne put suivre cette retraite et fut pris tout entier par les Autrichiens. Il n’y avait eu que quelques centaines de morts dans les deux journées des 15 et 16 septembre, mais plus de trois mille prisonniers restaient aux mains de l'ennemi.
Kônigsegg voulut pousser son avantage jusqu’au bout. Arrivé, le 18 septembre au soir, à Luzzara, théâtre d’un choc fameux entre Vendôme et le prince Eugène, il assaillit de nouveau, dès le 19, les Franco-Piémontais, dans la position où ils s'étaient arrètés en avant de Guastalla. L'armée alliée occupait un triangle formé par le P6, le Crostolo et le Crostolino. Les alliés, qui venaient de recevoir des renforts, brülaient de venger échec de Quistello; ils virent, avec une belliqueuse joie, s’avancer les Autrichiens. Kônigsegg fit les plus opiniâtres efforts afin de pénétrer jusqu'aux ponts de bateaux du Pô et d’écraser les alliés contre la pointe du triangle où ils étaient postés. Sa cavalerie et son infanterie furent successivement renversées à plusieurs reprises; partout repoussé à grande perte, il dut battre en retraite vers la fin du jour, avec une armée réduite d’au moins cinq ou six mille hommes. Le prince Louis de Würtemberg était mort avec bien d’autres chefs; on cite un corps de sept bataillons qui n’avait plus à sa tête qu'ur Sieutenant-colonel.
Cette éclatante revanche de Quistello, qui avait coûté bien du monde aux alliés, n’eut aucune suite. L’ennemi s'était retiré en bon ordre et, d'ailleurs, le roi de Sardaigne, très-brave au combat comme tous ceux de sa race, ne savait ou ne voulait pas profiter de la victoire. Künigsegg repassa au nord du P6, vers Borgo-Forte, le 26 septembre, reçut quelques recrues et s’étendit entre le PÔ et l’'Oglio. Les Franco-Piémontais occupèrent l'autre rive de l'Oglio; puis, de grandes pluies ayant fait déborder le Po, l’'Oglio et le Mincio, le roi de Sardaigne, malgré le maréchal de Goigni, voulut évacuer le pays entre l'Oglio et l'Adda, et ramener l'armée
à Crémone. L'enneni en profita pour s'étendre au nord du Pé jusqu’à la rive gauche de l’Adda; au sud du Pô, les Français se maintinrent jusqu’à Guastalla et gardèrent le Modénais. Les ar mées, plus ravagées encore par les maladies que par le fer, prirent enfin leurs quartiers d'hiver en décembre. Des flots de sang avaient coulé sans résultat en Lombardie depuis six moist.
La campagne des Espagnols dans les Deux-Siciles avait été autrement décisive. Il n’y avait pas eu là les tiraillements et les défiances énervantes des coalitions. Les Espagnols, n'ayant à Compler avec personne, avaient été franchement droit devant eux. Le 26 mars, une vingtaine de mille hommes étaient entrés dans le royaume de Naples par Frosinone, tandis que la flotte d'Espagne longeait la côte avec huit mille autres soldats. Les Autrichiens avaient dix-huit ou vingt mille hommes sur le territoire napolitain; ils auraient pu se masser et tenir la campagne, tout en évitant le choc jusqu’à ce qu’ils eussent reçu des secours; ils se répartirent au contraire dans les places et s’imaginèrent ruiner l’armée d’invasion en l'obligeant à faire des siéges. C'était là un très-mauvais plan contre des ennemis maîtres de la mer - et favorisés par les populations. La promesse faite par don Carlos d’abolir les impôts établis par « le gouvernement tyrannique des Tedeschi | Allemands)», avait gagné les Napolitains; ils avaient d’ailleurs, pour se tourner contre Charles VI, le même motif qui les avait décidés à se tourner pour lui en 1707, quand il n'était pas encore empereur, le désir d’avoir un roi pour eux seuls et de ne plus relever d'un gouvernement étranger. Le vice-roi autrichien, voyant la flotte espagnole maîtresse de Procida, d’'Ischia, de Pouzzole, et l’armée de terre à Aversa, évacua Naples, sauf les châteaux (3 avril). Naples appela aussitôt don Carlos; les quatre châteaux se rendirent du 23 avril au 6 mai; le 15 mai, don Carlos, après une entrée solennel:, où il répandit l'or à pleines mains, publia le décret par leque;: son père lui cédait le trône des Deux-Siciles. Ainsi fut inaugurée la dynastie des Bourbons de Naples, sous de favorables auspices que
1. Massuet, Hist, de la dernière guerre, t. Ier, p. 104-138: — +, ID 352-000 Colletta, Storia di Napoli, t. Ier, ], Ier, __ Botta, Storia d'Italia, t. VIII, 1, XL, — Muxatori, Annal 56. XVI, — Campo-Raso, Comentarios, t, II,