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DEUX-SICILES CONQUISES

le temps n’a pas confirmés. Les premières suites de cette révolution furent très-heureuses, et ce beau pays, durement exploité par les Autrichiens, respira sous un jeune prince aimable et bienveillant et sous un sage ministre, Bernardo Tanucci, ancier professeur de droit à Pise, qui fit régner la sécurité, l'économie et la justice sur une terre où ces biens étaient à peu près inconnus,

Quelques jours après la proclamation du nouveau roi (25 mai), les faciles succès des Espagnols avaient été confirmés par une victoire qui ne laissait plus de ressource à l'ennemi. Leur général Montemar avait poursuivi dans la Pouille le seul corps que les Autrichiens eussent conservé hors des places fortes et qui s'était rapproché de l’Adriatique pour recevoir par mer des renforts de Croates. Avant que le gros des renforts fût débarqué, le corps autrichien, fort d'au moins huit mille hommes, fut pris ou détruit tout entier à Bitonto. Les grosses garnisons de Pescara, de Gaëte et de Capoue capitulèrent, du mois de juillet au mois d'octobre, et tout le royaume de Naples reconnut don Carlos. Montemar était descendu en Sicile dès la fin d'août avec treize mille hommes : les Autrichiens n’en avaient pas six mille dans cette grande ile, plus mal disposée pour eux encore que Naples. Partout le peuple se souleva en faveur des Espagnols : les Autrichiens ne se défendirent sérieusement que dans les châteaux de Messine, de Syracuse et de Trapani; mais, ne pouvant espérer aucun .secours, ils rendirent enfin ces forteresses, du mois de mars au mois de juillet 1735, et la troisième branche des Bourbons se trouva complétement maîtresse des Deux-Siciles. Le vieil Alberoni, oubliant l’ingratitude d'Élisabeth Farnèse, avait tressailli de joie au fond de sa retraite de Plaisance, en entendant retentir le canon qui chassait les Autrichiens de Milan, de Naples et de Palerme.

En somme, bien que les défiances de Charies-Emmanuel et l’audacieuse bravoure des généraux de l'empereur, qui avaient en quelque sorte interverti les rôles entre les Français’et les Autrichiens, eussent rendu la campagne du Pô indécise, les affaires de l'Autriche étaient très-mauvaises au delà des Alpes. La Basse- Italie était perdue sans retour et la Haute devait l'être, pour peu.

que les généraux dés trois couronnes alliées voulussent se conccrter durant une saison.

Vers le Rhin, la campagne de 1734 ne fut pas si féconde en événements, quoiqu'on eût mis sur pied de grandes forces des deux côtés, surtout du côté des Français. L'empereur était parvenu à entraîner l’Empire dans sa querelle, en montrant le territoire germanique violé par la prise de Kebl. Le gouvernement français eût agi en effet plus sagement, s'il eût fait attaquer, au lieu de Kehl, la place autrichienne de Brisach, ce qui n’eût donné aucun sujet de plainte à l'Empire. La diète de Ratisbonne avait déclaré la guerre à la France, le 13 mars 1734, malgré les protestations des trois électeurs de la maison de Bavière (le duc de Bavière, l'archevêque de Cologne et le Palatin) : elle avait promis à l'empereur quarante mille hommes, puis jusqu’à cent vingt mille! Le prince Eugène devait donc avoir à sa disposition une armée formidable; mais il y eut beaucoup à en rabattre, et la diète, qui ne sentait pas les intérêts généraux de l'Allemagne sérieusement menacés, mit très-peu de zèle à remplir ses engagements. L’Autriche dut reconnaître qu’il n’était pas facile de se passer des guinées d'Angleterre ni des ducats de Hollande. Les Français se trouvèrent sur pied les premiers, quoique plus tard que n’eût voulu leur général Berwick, qui était revenu à Strasbourg dès la fin de mars et qui n’y avait rien trouvé de prèt pour le siége projeté de Philipshourg*'. Tout avait été retardé par la négligence du ministre de la gucrre, Bouin d’Angervilliers, et surtout par les intrigues d’un homme à projets, qui étourdissait le vieux Fleuri de sa faconde et de son assurance présomptueuse que la cour prenait pour la hardiesse du génie. C'était le comte de Belle-Isle, petit-fils du malheureux Fouquet ; il avait relevé la fortune de sa famille abattue et rêvait la destinée des grands capitaines comme son aïeul avait rêvé le destin des grands ministres. Il voulait persuader à Fleuri de faire marcher l’armée de

1. Un règlement avait été publié, le 15 février 1734, sur les équipages des officiers, pour les obliger à diminuer leur luxe et pour alléger l'armée qu’ils encombraient d’une multitude de valets, de bêtes de somme, de voitures. L'année précédente, il y

avait eu, dit-on, jusqu’à dix-huit cents chaises de poste à Strasbourg. V. Journai de Barbier, t. II, p. 28.

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