‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 11 sur 327 · SAINT-PIERRE. SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE. SAINT-SIMON

rait cesser d’être un rêve et devenir un idéal. Maintenant, l'abbé de Saint-Pierre applaudit au gouvernement par conseils et propose des réformes dans l'impôt, réformes très-judicieuses ; car il s’agit de la taille proportionnelle à substituer à la taille arbitraire.

De ces réformateurs, le plus téméraire et le moins sensé se trouve être précisément le seul qui ait part au gouvernement, un membre du conseil de régence, Saint-Simon. Comme Boulainvilliers, il veut les États-Généraux, mais ce n’est pas pour s'entendre avec eux sur quelques réformes; c’est pour se faire imposer par eux la banqueroute universelle! « Le roi, dit-il, vient à la couronne en vertu d’un fidéicommis, d’une substitution faite par la nation à une maison entière, tant que durera cette maison, et nullement par héritage ni représentation. Conséquemment, tout engagement pris par le roi prédécesseur périt avec lui, et le successeur n’est tenu de rien de tout ce dont son prédécesseur l'était. » Il va plus loin, et affirme que le roi, mineur à tout âge, peut toujours revenir sur ce qu’on a fait ou sur ce qu’il a fait ou consenti lui-même contre ses intérêts. Quant aux États-Généraux, la majorité des Trois Ordres ne demandera sans doute pas mieux que d’affranchir l’État aux dépens de ses créanciers, qui ne sont qu’une minorité dans la nation, et la plupart gens de bas-lieu. On gagnera à cette grande résolution de mettre dorenavant les rois dans l’impossibilité d'emprunter, et par conséquent de faire des dépenses outrées et des entreprises ruineuses ?.

Cette théorie, pour ainsi dire, ingénument cynique, avait été exposée au duc d'Orléans avant la mort du roi; mais Philippe, détourné des étranges conseils de Saint-Simon par le duc de Noäilles et par l'abbé Dubois, personnage dont nous n’aurons que trop à parler par la suite, avait déjà pris son parti et ne voulait ni des États-Généraux ni de la banqueroute, du moins de la banqueroute totale et avouée. Un novateur plus ingénieux, plus séduisant et plus profond que ceux dont on vient de signaler les projets, un étranger dont les idées procédaient d’une tout autre

1. 11 veut tout bonnement fixer l’Europe dans son état présent, sans examiner si cet état est conforme à la justice et sans savoir ce que c’est que le vrai droitinternational. Pour qu’une confédération européenne soit possible ou désirable, il faut

d’abord que les nationalités soient librement constituées. 2. Saint-Simon, t. XII, chap. x1x.

source que celle de nos réformateurs français, murmurait à l'oreille du régent des promesses magiques et annonçait la régénération de l’État et de tout le corps social, au moyen d’une force méconnue jusqu'ici par nos plus grands hommes d’État et heureusement essayée, dans les derniers temps, par nos voisins, l’oR- GANISATION Du cRénir; mais Philippe, quoique ébranlé par le génie de Law et enclin, par curiosité et désir d'émotions, aux tentatives hardies, hésitait à s'engager sur une mer inconnue avec ce pilote hasardeux. L

Provisoirement, la haute main sur les finances fut laissée au duc de Noailles, homme d’État qu’il ne faut pas tout à fait juger d’après les injures et les fureurs extravagantes de Saint-Simon : c'était un souple courtisan, dévot sous Louis XIV, libertin sous la Régence ; son esprit était trop mobile; ses idées, trop multipliées et trop peu digérées, se nuisaient les unès aux autres; mais il avait une intelligence aussi vive qu'étendue, une grande instruction et l'ambition de bien faire, quoique avec peu de scrupule sur les moyens. Il tâcha, avant tout, d’assurer le paiement des troupes et des rentes : l’armée fut réduite de vingt-cinq mille hommes, et tous les gens de guerre réformés furent exemptés de taille pour six ans, à condition de prendre à bail une maison inhabitée ou une terre inculte : les soldats réformés qui seraient dans ce cas et qui auraient huit enfants non religieux ni religieuses, furent exemptés de toutes charges publiques (30 novembre 1715). La décision fut prise de ne plus recourir aux affaires extraordinaires ni aux créations de rentes. Les receveurs-généraux, qui, dans l’absence de toute comptabilité, disposaient d’une grande partie de l'impôt en maîtres absolus, prétendirent avoir fait d'énormes avances : ils promirent toutefois 2 millions pour chacun des trois derniers mois de 1715 et 2? millions et demi pour chaque mois de 1716, le tout destiné au paiement de l’armée. Les recouvrements qui excéderaient cet engagement seraient employés d’abord à retirer de la circulation les billets souscrits par Les receveurs-généraux, puis à les rembourser de leurs avances (octobre 1715). Les receveurs-généraux ne furent pas fidèles à leurs promesses. Ils ne versèrent pas exactement les sommes promises, ne retirèrent pas leurs billets de la circulation et en émirent de nou-

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