XV
camp, rendaient les travaux très-difficiles et gènaient la communication entre les quartiers. Eugène, ayant reçu tous les renforts qu'il pouvait espérer, était venu s'établir en vue des retranchements français, et l’on se rappelait la funeste journée de Turin, où il avait forcé jadis nos lignes de siége, Les circonstances étaient différentes : les retranchements étaient très-forts; le marévhal d’Asfeld ‘, successeur de Berwick, pouvait porter des masses formidables sur le point de la circonvallation qu’attaquerait l'ennemi; Eugène n’avait qu’une soixantaine de mille hommes, et la qualité de ces troupes était généralement médiocre, l'élite des forces impériales ayant passé en Lombardie. Le héros de Hôchstedt et de Turin avait vieilli, le sentait, et ne se décida point à risquer sa gloire dans une attaque plus que douteuse. Il laissa capituler Philipsbourg, après une belle défense (18 juillet). Eugène empêcha sans grand’peine les Français de pousser plus loin leurs avantages : le maréchal d’Asfeld, bon officier du génie, entendait mal la grande guerre et n’osa rien tenter de considérable.
D’Asfeld, vieux et fatigué, demanda son remplacement après la campagne : on lui donna pour successeur le maréchal de Coigni, qui n’était pas plus jeune et qui n’avait pu s'entendre en Lombardie ni avec son second, le maréchal de Broglie, autre vieil et médiocre capitaine, ni surtout avec le roi Charles-Emmanuel. Les armées de la France, comme la France elle-même, commençaient à être gouvernées par une gérontocratie qui n’avait pas même les avantages de l'expérience; de même que Fleuri n’avait point été nourri dans les grandes affaires, les généraux qui succédaient à Villars et à Berwick n’avaient point été formés aux grandes opérations militaires ?. Coigni ne fit sur le Rhin, en 1735, rien qui méritât l'attention de l’histoire : le prince Eugène, dont les forces diminuaient et que secondait mal le cabinet de Vienne, livré à
1. Il n’était point Allemand, comme son nom pourrait le faire croire : c'était Je fils d'un marchand de la rue Saint-Denis, nommé Bidal, anobli en Allemagne,
2. Ceux qui étaient arrivés aux hauts grades en commandant ces compagnies de soldats-officiers qui formaient la maison du roi, n’en savaient pas plus que de simples capitaines de cavalerie : ceux qui étaient parvenus par des services plus sérieux, n’avaient cependant, grâce à l'invention mécanique de Louvrois (l’ordre du tableau) commandé de détachements qu’à tour de rôle, c’est-à-dire rarement, et avancé qu’à l'ancienneté,