PHILIPSBOURG PRIS. DÉSORDRES
ses rivaux de pouvoir et à ses envieux, se contenta de tenir Coigni en échec et de lui interdire le siége de Mayence.
En Italie, le commandement des troupes françaises avait été transféré au duc de Noaïlles, récemment nommé maréchal de France. L'âge n'avait pas donné plus de netteté ni de fixité d’esprit à cet ancien adversaire de Law, mais ne lui avait pas non plus enlevé ses facultés actives et compréhensives. Il trouva l’armée, au mois de mars 1735, dans l’état le plus déplorable. Les grandes pertes causées par le fer de l'ennemi et par la fièvre des rizières étaient le moindre mal : c’était surtout un mal moral qui rongeait Tarmée; non-seulement la vieille licence de la noblesse militaire s’aggravait jusqu’à permettre au plus immonde des vices, au vice contre nature, de s’étaler presque ouvertement dans le camp; mais la cupidité que la Régence avait infiltrée dans les veines de la noblesse étouffait le sentiment de l’honneur et brisait le lien naturel d'affection entre le chef et le soldat. Les capitaines empêchaient qu'on ne complétât leurs compagnies, afin de gagner sur la solde; les colonels se faisaient les complices des capitaines et les aidaient à gagner ou à intimider les commissaires des guerres; les gratifications destinées aux officiers blessés avaient été données à la faveur et non aux blessures; on avait spéculé sur la santé, sur la vie du soldat; pendant la saison rigoureuse, on l’avait laissé dans des cloîtres et des portiques tout ouverts; on avait négligé ou abandonné les hôpitaux. Le soldat, affamé, désespéré, s'était livré impunément à une maraude universelle; on citait les plus horribles excès; on parlait de femmes auxquelles on avait coupé les doigts ou les oreilles pour leur arracher leurs anneaux d’or!
Les mêmes pillages, sinon les mêmes atrocités, avaient eu lieu l’année précédente en Allemagne. La démoralisation des nobles, des officiers, qui engendrait celle des soldats, n’était qu’un des symptômes de la décomposition sociale commencée. Il était bien frappant qu’au milieu de tant de ruines morales, le trait essentie! de la race gauloise, la valeur guerrière, se maintint inaltérable.
Noaïilles parvint à remettre quelque ordre dans l’armée d’Ita:
1. Mém. de Noailles, p. 294. — F. Barrière, Avant-propos aux Mém. de madame du Hausset.
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lie; mais il ne fut point en mesure de tenir la campagne avant le mois de mai. Les Espagnols s'étaient enfin décidés à venir coopérer avec les Franco-Piémontais en Lombardie, et le conquérant de Naples, Montemar, après avoir enlevé aux Autrichiens les présides de Toscane, joignit Charles-Emmanuel et Noailles à la fin de mai. L'armée impériale, qui n’avait pas moins pâti que les Français et qui avait perdu ses meilleurs soldats dans les combats ou dans les hôpitaux, se trouva hors d'état de résister aux forces réunies des trois couronnes alliées. Le feld-maréchal Kônigsegg évacua le pays au sud du PO, puis, laissant une grosse garnison dans Mantoue, il se replia sur le Tyrol italien, abandonnant complétement la campagne à ses adversaires (mi-juin). Il semblait que les alliés n’eussent plus autre chose à faire qu'à masquer les débouchés du Trentin et à presser le siége de Mantoue; mais ce n’élait pas tout que de prendre Mantoue : il s'agissait de savoir ce qu’on en ferait quand on l'aurait prise. La cour d’Espagne revendiqua Mantoue pour don Carlos, sans même donner à Charles-Emmanuel la garantie directe qu'il ne ‘cessait de réclamer d’elle pour le Milanais. Le roi de Sardaigne, on le comprend sans peine, mit dès lors très-peu de zèle à seconder l’attaque de Mantoue et refusa d'y envoyer son parc d'artillerie de siége : Fleuri ne voulut pas et les Espagnols ne purent suppléer à grands frais au refus de Gharles-Emmanuel. On se borna à un blocus qui pouvait se prolonger beaucoup sans résultat, et on laissa échapper l’occasion d’expulser totalement l'ennemi de la Péninsule.
La guerre fut donc menée mollement en 1735 dans la Lombardie comme sur le Rhin : vers l'automne, les Impériaux firent quelques mouvements offensifs des deux côtés; ils redescendirent du Trentin par la rive gauche de l’Adige, sur le territoire vénitien, dont la neutralité était fort peu respectée des deux partis, et le principal corps de leur armée d'Allemagne, qui n’était plus commandée par Eugène, passant le Rhin, remonta la Moselle jusque vers Trèves. On était là en présence, quand une suspension d'armes arrêta les forces belligérantes !.
1. Mém. de Noailles. p. 297, — Massuet, Hist. de la Guerre présente, t. IV.