‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 113 sur 327 · NÉGOCIATIONS · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS

Les négociations n’avaient pas cessé depuis dix-huit mois. Fleuri ne souhaitait que de sortir au plus tôt d’une guerre où il s'était engagé malgré lui, et Robert Walpole, en refusant à l'empereur le concours armé de l'Angleterre, n’avait pas entendu s’abstenir de toute intervention dans une querelle si grave pour l'équilibre européen. L’Angleterre et la Hollande avaient offert leur médiation, au mois de juin 1734, et, dès cette époque, le roi de Sar. daigne avait essayé d’entamer une négociation secrète avec l’empereur par l'intermédiaire du cabinet anglais. L'empereur, après d’inutiles intrigues auprès de George IT et du parlement pour perdre Walpole et amener au pouvoir un ministère belliqueux, s'était résigné à accepter la médiation. Les couronnes alliées en avaient fait autant. Vers la fin de février 1735, un projet de transaction fut remis par les médiateurs aux ambassadeurs des puissances belligérantes à Londres et à La Haie. Les propositions de l'Angleterre et de la Hollande se résumaient ainsi : 1° l’on écartait les discussions de droit quant à la Pologne; Stanislas abdiqueraïit la couronne, conserverait le titre de roi et ses biens patrimoniaux; amnistie pleine et entière serait accordée pour les troubles de Pologne; le parti opposé à Stanislas accepterait l'acte d’abdication et remercierait ce prince de son sacrifice patriotique par une députation solennelle; les Russes évacueraient la Pologne; 2° l’empereur céderait Naples et la Sicile à l’infant don Carlos, Novare et Tortone au roi de Sardaigne; la France et ses alliés rendraient à l’empereur tout le reste de ce qu’ils lui avaient pris; don Carlos céderait à l'empereur ses droits sur la Toscane et sur Parme; 3° la France et la Sardaigne garantiraient la pragmatique autrichienne, et l'Espagne renouvellerait sa garantie; 4° un armistice serait établi préalablement à la discussion de ce projet.

Le plan était, en somme, très-avantageux à l'empereur, puisqu’on le dédommageait de ce qu’il perdait et qu'on lui faisait des restitutions très-considérables : il avait en outre la garantie si vivement désirée, et le parti qu’il avait appuyé restait maître de la Pologne, au prix d’une satisfaction honorifique donnée à la France. Il le sentit et, sans cesser de se plaindre, il parut disposé à accepter le fond du projet. Walpole croyait pouvoir comp-

ter également sur l’acceptation de Fleuri, qui l'avait à peu près promise d'avance; mais son espoir fut trompé. La reine d'Espagne poussa des cris de fureur à la proposition de céder Parme et la Toscane : la cour et le public français s’indignèrent qu’on prétendit sacrifier le beau-père du roi sans autre compensation qu'un vain titre; le ministre des affaires étrangères, fidèle à la pensée de chasser les Autrichiens d'Italie, circonvint habilemen le cardinal. Fleuri n’osa donner son adhésion au projet, et les trois couronnes alliées répondirent seulement qu'elles étaient prêétes à convenir d’un armistice pour négocier. Une seconde déclaration, transmise aux médiateurs par les alliés le 20 juillet 1735, affirme que les propositions faites sur les états d'Italie augmenteraient plutôt qu’elles ne diminueraient la puissance de l’'empereur dans la Péninsule, C'était bien là Chauvelin qui parlait.

La Russie, de son côté, repoussa un armistice général qui eût compris la Pologne, où quelques partis de noblesse confédérée baltaient encore la campagne au nom de Stanislas. La {zarine, qui n'avait pu secourir l'empereur en 1734, fit entrer seize mille Russes en Allemagne au mois de juin 1735 et en promit vingt-quatre mille autres à Charles VI. Les Russes parurent, pour la première fois, sur le Rhin en septembre 1735 : ils restèrent en réserve sur la rive droite. La guerre semblait près de devenir universelle : l’Angleterre avait fait de grandes levées de matelots et de soldats, au moment même où elle proposait son plan de conciliation ; le Danemark avait conclu un traité de subsides avec elle en 1734; la Suède venait d’en signer un avec la France en juin 1735; le Portugal, brouillé avec l'Espagne, traitait avec l'empereur et réclamait la protection des flottes anglaises; la Turquie tâchait de se débarrasser de la guerre de Perse Pour se préparer à mettre à profit les revers de l'empereur. Tout retentissait du bruit des armes, mais le chef du cabinet anglais n’en était pas devenu plus belliqueux, et le refus formel renouvelé par la Hollande de secourir l’empereur servit d’excuse à Walpole pour l’Angleterre. Le ministre anglais comptait ramener Fleuri à accepter son plan moyennant quelques modifications; mais la négociation prit un autre canal. Lorsque l’empereur eût dû renoncer à toute espérance d'être assisté de ses anciens alliés, dans son irdignation de ce

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