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PRÉLIMINAIRES DE VIENNE

qu’il appelait fort injustement leur défection, il ne songea plus qu'à traiter directement avec la France. Fleuri, aux premières ouvertures indirectes, se hâta d'envoyer un agent secret à Vienne, à l'insu de ses alliés. Chauvelin ne put parer le coup. Il conjura en vain le cardinal de ne garantir la pragmatique autrichienne qu’au prix d’une entière renonciation de l’empereur à l'Italie. Quand il vit cette belle cause perdue et la grande politique décicidément impossible avec Fleuri, il se rejeta vivement sur les intérêts spéciaux de la France, par une de ces évolutions qui appartiennent qu'à lesprit souple et puissant du véritable homme d’État : il s’efforça du moins de faire que cette paix, qu'il avait rêvée si glorieuse, fût utile et contribuât au complément du territoire français, à cette œuvre que s'étaient transmise nos politiques nationaux de génération en génération. Il eut la consolation d'y réussir.

Le 3 octobre 1735, des articles préliminaires furent signés à Vienne entre la France et l'Autriche. Le premier article, concernant la Pologne, différait du projet anglo-batave en ce qu’on n'y stipulait plus la députation solennelle du parti opposé à Stanislas, eten ce qu’on y annonçait la garantie perpétuelle des libertés et constitutions des Polonais, particulièrement de la libre élection de leur roi. Venait ensuite le dédommagement accordé à Stanislas; c'était là que Chauvelin avait su trouver un avantage de haute importance pour la France : l'empereur consentait que le jeune duc Francois de Lorraine, à qui était destinée la main de sa fille aînée Marie-Thérèse, échangeât les duchés de Lorraine et de Bar contre la réversibilité du grand-duché de Toscane, qu’on enlevait à don Carlos. Stanislas devait entrer en possession du Barrois immédiatement et de la Lorraine dès que la Toscane serait échue au duc François, ce qui ne paraissait pas devoir beaucoup tarder, le dernier des Médicis dépérissant, épuisé par la débauche. Après Stanislas, les duchés de Lorraine et de Bar seraient cédés, en pleine souveraineté, à la couronne de France, l’empereur promettant d'employer ses bons offices pour obtenir le consentement de Empire, et le roi de France abandonnant, pour son beau-père et pour lui, la voix et séance à la diète de l'Empire, qui appartenaient au duc de Lorraine. Naples et la Sicile, avec les présides ou places

espagnoles de la côte de Toscane, restaient à don Carlos. Tortone, avec Novare ou Vigevano, et les fiefs impériaux des Langhes, en Ligurie, resteraient au roi de Sardaigne. Le duché de Parme serait cédé, en pleine propriété, à l’empereur, qui recouvrait, ainsi que l'Empire, le reste de ses pertes. Le roi de France garantissait la pragmatique. Les préliminaires seraient convertis en traité définitif dans un congrès auquel on inviterait les puissances maritimes, la tzarine et le roi Auguste !.

L’affranchissement de l'Italie était ainsi tout à fait abandonné, puisque l'empereur recouvrait presque toutes ses possessions de Lombardie, acquérait directement Parme, indirectement la Toscane, octroyée au fiancé de son héritière, et obtenait la domination de l'Italie centrale en perdant la Basse-Italie. Fleuri n'avait d’abord demandé pour la France que le petit duché de Bar : Chauvelin le força en quelque sorte de nous gagner la Lorraine! C’est la dernière acquisition continentale de la monarchie. Ce beau et riche pays, français de langue et de situation, bizarrement attaché par le lien féodal à l'empire allemand, avait cessé d’être un péril pour la France depuis qu’il était enclavé entre les Trois-Évêchés, les places de la Sarre et l'Alsace devenus français, et que la France l’occupait à volonté sans coup férir. La Lorraine était réduite depuis longtemps à une valeur négative : elle allait accroître la force positive de la France; nos provinces de l'Est formeraient dorenavant une masse compacte.

Le ministre qui sut poursuivre le progrès de la nationalité française jusque dans la décadence de l’ancien régime, a mérité de vivre dans la mémoire de la France nouvelle.

L'ordre de suspendre les hostilités fut expédié aux armées en lialie et en Allemagne au commencement de novembre. Le roi de Sardaigne, qui n’attendait guère mieux de ses alliés, se résigna à redescendre du trône de Lombardie; mais la reine d’EspPagne et son maniaque époux n’apprirent qu'avec une fureur concentrée ce qu’ils appelèrent la trahison de la France : leur déconvenue était d'autant plus poignante, qu’ils avaient payé des subsides à l’armée française en Italie; c'était la première fois que

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