‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 115 sur 327 · LA LORRAINE À LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA LORRAINE À LA FRANCE

ja France recevait au lieu de donner, ce que j’économe Fleuri avait dû considérer comme son plus beau triomphe. Colère impuissante! les Espagnols n'étaient point en état de disputer à eux seuls l'Italie aux Impériaux. Leur général Montemar dut se replier sur Parme et sur la Toscane, puis accepter provisoirement l’armistice. Le 15 avril 1736, la cour d'Espagne souscrivit en frémissant aux préliminaires de Vienne, que la diète germanique ratifia, de son côté, le 18 mai. Conformément aux conventions de Vienne, le roi Stanislas avait donné son acte d’abdication à Kœnigsberg, le 27 janvier 1736; deux mois après, il dit adieu à l'hospitalité prussienne pour revenir en France. Tous ses partisans reconnurent Auguste HI, et une diète générale de pacification fut convoquée, à Varsovie, le 25 juin. Fière encore dons son abaissement , la diète polonaise déclara tous les frères réunis et, flétrissant en quelque sorte moralement le roi qu'on lui avait imposé par la force, elle mit à prix la tête de quiconque à l'avenir, dans un interrègne, appellerait des troupes étrangères : elle obligea Auguste IT à promettre que l’armée saxonne quitterait le territoire de la république en même temps que les Russes. Malhcureusement, elle mit une sorte d’orgueil national à persévérer dans la voie fatale de la persécution religieuse et à faire, devant les armées schismatiques de la Russie, de nouvelles lois contre les hérétiques et les schismatiques. Les dissidents furent exclus de l'éligibilité à la diète et de toutes les fonctions qui conféraient une part dans le pouvoir législatif et judiciaire, avec peine de haute trahison contre ceux d’entre eux qui solliciteraient la protection des puissances étrangères pour être rétablis dans leurs anciens droits. La Russie ne réclama point : cette loi d’injustice et de discorde lui promettait de trop utiles armes".

On n’attendit pas non plus le traité définitif pour exécuter le reste des préliminaires de Vienne. L'empereur fit une nouvelle concession à la France; ce fut de consentir que la Lorraine fût remise à Stanislas, en même temps que le duché de Bar, non plus seulement quand le duc de Lorraine serait investi du grandduché de Toscane, mais aussitôt que les garnisons impériales

1. Rousset, t. XI. p. 137-209. — Rulhière, Anarchie le Pologne, t. I. p. 1 153.

auraient été reçues en Toscane à la place des espagnoles et que les rois d’Espagne et des Deux-Siciles auraient donné leur renonciation en bonne forme (11 avril-28 août 1736). L'empereur avait hâte d’être bien assuré de la paix, pour pouvoir exécuter, d'accord avec la Russie, de grands projets contre l'empire otheman et se dédommager sur le Danube de ce qu’il perdait sur le Méditerranée. L'Espagne, au contraire, ne songeait qu’à susciter difficultés sur difficultés. La mort de l’habile ministre Josè Patiño (3 novembre 1736), qui tenait dans sa main tous les ressorts du gouvernement espagnol, décida cependant la reine Élisabeth à laisser échanger les renonciations réciproques entre l’empereur, l'Espagne et le nouveau roi de Naples (5 janvier 1737); mais l’Espagne n'avait pas perdu tout espoir de faire naître quelque incident : Élisabeth savait à quel point Chauvelin regrettait de laisser une si grande part de l'Italie à l'empereur; elle espérait que la décrépitude ou la mort de Fleuri ferait bientôt échoir l'autorité réelle à cet irréconciliable ennemi de l'Autriche. Une révolution de cabinet à Versailles ruina ces espérances.

Chauvelin avait exercé, durant quelques années, une grande influence sur le vieux Fleuri, au prix de bien des ménagements et de bien des sacrifices : il avait dû immoler, dans sa personne, le garde des sceaux au ministre des affaires étrangères, endosser l'impopularité des arrêts du conseil et des lettres de cachet contre le jansénisme et déguiser, atténuer le plus longtemps possible ce que ses plans diplomatiques avaient de grand et de hardi. Il était parvenu de la sorte, depuis 1732, à jouer, pour ainsi dire, le rôle de premier-ministre en second, à aider le cardinal dans son travail avec le roi et à faire travailler chez lui les autres ministres, comme chez un supérieur reconnu. L'aurore d’un grand ministère semblait poindre dans le crépuscule où Fleuri retenait la France. Les événements ne permirent pas à Chauvelin de se faire petit assez longtemps. En 1733, Chauvelin, suivant le mot de Frédéric IT, escamota la guerre à Fleuri : en 1735, le cardinal se vengea en escamotant la paix à Chauvelin. La défiance avait commencé d'entrer dans l’âme du vieillard. L’indécision naturelle à Fleuri et le besoin qu'il avait de cet auxiliaire si laborieux et si éclairé, protégèrent d’abord Chauvelin; mais, aussitôt qu’on eut

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