ES SOŒURS DE NESLE
fit bien pis; elle partagea le roi avec elle (1739). Elle devint enceinte : le roi la maria, pour la forme, au marquis de Vintimille, petit-neveu de l'archevèqué de Paris; le successeur du vertueux Noailles bénit le mariage sans scrupule. Une troisième sœur de Nesle, qu'on maria au duc de Lauraguais, fut bientôt associée à ses deux aînées ! Il semblait que Louis ne connût plus de plaisir sans l’assaisonnement de l'inceste!
La Régence était revenue à Versailles, moins la verve et la gaieté. L'effet moral de tels exemples se comprend assez; quant aux conséquences politiques, elles ne furent point immédiates. Fleuri avait capitulé pour la morale, mais ron pour l’économie : il défendit, avec beaucoup d'adresse, son autorité et sa caisse contre laudacieuse Vintimille, et Louis, satisfait pourvu que son vieux précepteur lui épargnât les remontrances sur ses débordements, fit la sourde oreille aux insinuations de sa maîtresse. Fort peu magnifique et très-paresseux, il n’était pas fâché que le cardinal lui interdit les trop grandes libéralités et repoussait avec effroi Pidée de quitter l’ornière tracée, Les routines inaugurées en 1726 continuèrent donc de régir la France, ou plutôt de la laisser se développer d'elle-même dans les faits et dans les idées.
Ce n’est pas encore le moment de parler des idées; quant aux faits, ils offraient le spectacle le plus intéressant et le plus nouveau, surtout dans l’ordre économique. L'industrie florissait dans nos villes, malgré les entraves réglementaires : le commerce, à peine ralenti un moment par une guerre sans danger sérieux el purement continentale, poursuivait ses progrès dans la Méditerranée et le Levant, où la France gardait une prépondérance décidée’, et prenait vers les Deux Indes un large essor que le gouvernement n'avait pas provoqué et dont il se füt volontiers effrayé. La France éxécutait spontanément les plans de Colbert et de Law, et devenait trop marinière, au gré de Fleuri, qui eût voulu la cacher en Zedans de ses frontières. Ce qui se passa dans cette période du xvune siècle est la meilleure réfutation de ce triste préjugé né de
1. Par compensation, le pavillon français était presque inconnu dans la Baltique et notre commerce avec le Portugal, très-florissant avant la guerre de la Succession d'Espagne, était tombé depuis le traité de Methuen et remplacé par le commerce anglais, V. Flassan, t. V, p. 108.