‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 124 sur 327 · ANTILLES · texte numérisé non relu

ANTILLES

d'Amérique, ce qui donna la Méditerranée à nos denrées coloniales. L'agriculture et le commerce des Antilles françaises marchaient à pas de géant. En 1740, le sucre français avait chassé le sucre anglais de tous les marchés européens. Le café français des Antilles, production tout récemment dérobée à la Guyane hollandaise, avait acquis une supériorité presque aussi exclusive. Tandis que la partie espagnole de Saint-Domingue languissait stationnaire, la partie française, beaucoup moins vaste, prenait un tel développement, qu’elle valait, à elle seule, toutes les Antilles anglaises‘. La Martinique, qui n'avait pas quinze mille cultivateurs noirs en 1700, en comptait soixante-douze mille en 1736 : elle regorgeait de numéraire comme de toute espèce de valeurs : entrepôt général de nos îles du Vent, elle recevait chaque année dans ses ports deux cents vaisseaux de France et trente du Canada. La Guadeloupe, entrée un peu plus tard dans le mouvement, aspirait à rivaliser avec sa riche et florissante voisine. C’étaient les deux reines des Petites-Antilles et les possessions les plus productives de tout l’archipel américain, relativement à leur étendue. Les ports de France privilégiés pour le commerce d'Amérique participaient largement à cette féconde activité, dont le bénéfice le plus clair revenait à leurs armateurs : les somptueux édifices dont le xvure siècle a peuplé Nantes, Marseille, surtout la fastueusce Bordeaux, aujourd’hui si déchue?, attestent assez quelle fut la vie active et brillante de ces jours de prospérité.

On peut résumer en quelques mots le progrès de la France : avant Law, s’il en faut croire Voltaire, la France ne possédait que trois cents vaisseaux de commerce : elle en avait dix-huit cents (2 8 APE Cd PES

Si Colbert eût pu voir un tel spectacle, quelle eût été sa joie! Mais aussi, avec quelle indignation n’eût-il pas vu la marine mili-

1. La côte sud de Saint-Domingue, de la Pointe-à-Pitre au cap Tiburon, dépendait de la Compagnie des Indes. C'était la partie la moins riche de l'ile et la seule portion des Antilles soumise au monopole.

Page 1