‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 125 sur 327 · Licrit en 1851. — Bordeaux commence à se relever · texte numérisé non relu

Licrit en 1851. — Bordeaux commence à se relever

3. Dont soixante de quatre cents à huit cents tonneaux appartenant à la Compagnie. V. Voltaire, Guerre de 1741, le édit., p. 28. — Il y à probablement quelque exagération : Melon (Économistes financiers, p. 732) dit que le nombre des vaisseaux avait plus que doublé pour l'Amérique (vers 1734); il est en deçà; Voltaire, au delà du vrai. — V. aussi Rainal, t. IT, Liv. XIII.

218 FLEURL [1740]

taire abandonnée; les vieux vaisseaux de Tourville et de Duguai- Trouin pourrissant dans les darses silencieuses, devant les arsenaux vides, et les nobles débris de nos armées navales livrés à l'oubli ou au dédain".

Quand la France n’avait encore que très-peu de commerce maritime à protéger, elle avait eu une magnifique armée de mer; maintenant, elle n’avait plus de force navale quand elle avait à protéger un vaste commerce !.…

Deux périls menaçaient l’avenir maritime de la France, l’un imminent, on vient de l'indiquer; l’autre éloigné, mais qui devait grandir avec la prospérité même de nos colonies, car il était le fond même et la base de cette prospérité, l'esclavage *!

Présent splendide, avenir alarmant, ainsi se résumait la situation de la France industrielle, commerciale et maritime, de la France urbaine. La France agricole, la grande masse stagnante des campagnes, offrait un aspect bien différent, un contraste lamentable; son avenir était obscur, son présent douloureux et amer.

L'économie de Fleuri avait bien pu suffire à empêcher une nouvelle banqueroute (au moins générale, puisque Fleuri avait fait sa petite banqueroute partielle) et à ramener, à quelques millions près, un équilibre entre les recettes et les dépenses, qui fût devenu complet sans la guerre de 1733%; mais elle n'avait pas guéri les maux invétérés des populations rurales. Le fatal système des impôts pesait d’un poids toujours plus insupportable :

1. L’héroïque Cassart, dont Duguai-Trouin disait : « Je donnerais toutes les actions de ma vie pour une des siennes », ayant réclamé trop rudement une vieille créance de trois millions avancés au roi sur ses prises, pendant les malheurs de Louis XIV, le ministère l'avait jeté au fort de Ham, où il mourut captif en 1740! Y. L. Guérin, Histoire maritime de France, t. I, p. 219.

2. Une déclaration du 15 juin 1736 défend d’affranchir des esclaves sans permission du gouverneur ou de l’intendant de la colonie. Le Code noir devient de plus en 2lus dur! V. Anciennes Lois françaises, t. XXI, p. 419. — Une autre déclaration du 1° février 1743 punit de mort l’esclave pris en marronnage avec armes, ou coupable d'enlèvement de pirogue ou de bateau : pour une tentative d'évasion, le jarret coupé! 1bid., t. XXII, p. 163.

3. Bailli (Hist. financière, t. Il, p. 118), dit, d’après l’État au vrai manuscrit de 1740, que les recettes furent, en 1738, de 148 millions, et les dépenses de 149, mais qu'en 1740, la dépense déborda de nouveau la recette de 16 millions. La

recette lolale s'élevait fort au delà de 148 millions ; mais il faut déduire l'intérêt de la dette,

Page 1