Bailli, t. Il, p. 117-159-164, 2. Pages
Les années 1738 à 1740 furent désastreuses pour les paysans. Sous ce ministère cité par les historiens comme une époque d'heureuse tranquillité et tout au moins de bien-être matériel, « les hommes mouraient, dru comme mouches, de pauvreté et broutant l'herbe, » et cela sans disettes caractérisées, si ce n’est en 1740, année stérile pour toute l’Europe, et malgré les précautions prises par le pouvoir afin d’assurer l’approvisionnement !. Les provinces de l’est et de l’ouest étaient les plus maltraitées; mais la détresse gagnait jusqu'aux faubourg de Paris. Un jour de septembre 1739, le roi traversant le faubourg Saint- Victor pour aller à sa nouvelle maison de Choisi, théâtre accoutumé de ses parties galantes, le peuple s’amassa et cria, non plus : Vive le Roi, mais misère, famine et du pain! A la fin de 1740, il passait pour constant que la richesse publique avait diminué d’un sixième depuis un an, et d’Argenson affirme qu’il était « mort plus de Français de misère depuis deux ans qe n’en avaient tué toutes les guerres de Louis XIV?! » En admettant que le bon cœur de d’Argenson l’eût entraîné à charger ses couleurs, la réalité resterait toujours bien lugubre.
Le cardinal de Fleuri n’avait donc su ni voulu employer à aucunes réformes * les intervalles de calme et de paix accordés à la France; il n'avait su que vivre au jour le jour, en vieillard
1. Une déclaration du 3 avril 1736 avait ordonné à toutes les communautés de s’approvisionner de grains pour trois ans. On fit un grand magasin pour Paris à la Salpêtrière,
2, Il prétend que la richesse et la population avaient commencé à décroître à partir du ministère de Monsieur le Duc (p. 322). I1y a sans doute quelque exagération chez d’Argenson; mais nous ne pouvons laisser passer, sans la relever, l’exagération contraire d’une assertion de M. de Carné dans sa récente apologie de Dubois; à savoir que la population de la France aurait presque doublé, grâce à la politique pacifique de Dubois et de Fleuri. La population de la France était, suivant les Mémoires des intendants, d'à peu près dix-neuf millions d’âmes vers 1700. Supposons qu’elle en ait perdu deux, trois millions même, durant la guerre de la Succession d'Espagne; abaissons-la à seize millions en 1713, c’est beaucoup, c'est trop la réduire assurément ! Avant les années malheureuses de 1738 à 1740, vers 1736, suivant Melon, économiste contemporain bien informé, elle était d'environ vingt millions d’âmes. (Économistes financiers, etc., p. 800.) Augmentons un peu les évaluations de Melon, nous serons encore loin de compte! Et, après 1738, la population diminua de nouveau. La corvée royale fit plus de mal que la guerre, V. la nouvelle édition de d’Argenson, t. III, p. 290-292.
3. Le contrôleur-général Orri avait fait reprendre les études commencées sous la Régence pour l'établissement de la tuitle larifée, d'aprés le plan de l'abbé de Saint- Pierre; mais cela n’aboutit pas.