‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 128 sur 327 · GOUVERNEMENT DE LOUIS XV. GUERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE LOUIS XV. GUERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE

ÿ I. Fin DU MINISTÈRE DE FLEURI. — GUERRE D'AUTRICHE. — Guerre de la Russie et de l'Autriche contre la Turquie. Médiation de la France. — Intervention en Corse. — Guerre entre l'Angleterre et l'Espagne. — Avénement de FRÉDÉRIO LE GRAND en Prusse, — Mort de l’empereur Charles VI. Avénement de MaRte- THÉRÈSE en Autriche. Coalition entre la F rânce, la Bavière, la Prusse, l’'Espagne, la Saxe, contre l’héritière d'Autriche. Conquête de la Silésie par les Prussiens, Invasion de la Haute-Autriche et de la Bohème. L'électeur de Bavière élu empereur. Marie-Thérèse soulève en masse les Hongrois et les Slaves du Danube, et recouvre la Haute-Autriche et la Bohême. — Mort de Fleuri. —$ II. Louis XV. GUERRE D'AUTRICHE, SUITE ET FIN. — Le roi ne reprend pas de premier ministre. Anarchie dans le conseil. — L’Angleterre, la Hollande et la Sardaigne secourent l'Autriche. Invasion de la Bavière par les Austro-Hongrois. Bataille de Dettingen. Invasion de la Belgique par les Français. L'Alsace envahie par les Austro-Hongrois. Madame de Châteauroux. Maladie du roi. Les Autrichiens repoussés. — Avénement de madame de Pompadour. — Victoire de Fontenoi. — Le roi de Prusse se retire de l'alliance française. — Conquête du Milanais, de Parme et d'une partie du Piémont par les Franco-Espagnols. D’ARGENSsOoN » Ministre des affaires étrangères, reprend les projets de Chauvelin pour l’indépendance de l'Italie : Vues de d’Argenson sur la Pologne ‘et sur l’ensemble de la politique française. Traité secret avec la Sardaigne. Le traité manque et d’Argenson est congédié par le roi. Les conquêtes d'Italie reperdues : invasion de la Provence par les Austro-Piémontais. Révolte de Gênes contre les Autrichiens : Ja Provence délivrée. — Victoire de Raucoux. La Belgique conquise. — Guerre en Amérique et dans l'Inde, Perte de Louisbourg. LABOURDONNAIS à l'Ile-de-France. Dupzeix dans l'Inde, Grands desseins de Dupleix entravés par l'incapacité des ministres. Prise de Madras sur les Anglais. Malheurs de Labourdonnais. Dupleix défend victorieusement Pondichéri contre les Anglais. — Ruine de la marine royale française. — Invasion du territoire hollandais. Victoire de Lawfeld. Prise de Maëstricht. — Paix d'Aïx-la-Chapelle. Restitution réciproque des conquêtes, moins Ja Silésie, Parme et une portion du Milanais cédés par l'Autriche.

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$ Er. FIN DE FLEURI. GUERRE D’AUTRICHE.

L'Europe ne jouissait pas tout entière du calme rétabli par la transaction de Vienne. La guerre, à peine éteinte sur le Rhin, le Po et la mer de Sicile, s'était rallumée avec violence sur le Danube et la mer Noire. La Russie, animée par son succès en Pologne et dirigée, sous la tzarine Anne, par les habiles généraux et administrateurs étrangers que lui avait légués Pierre le Grand, jugeait le moment venu de venger sur les Othomans sa défaite du Pruth (en 1711). Autriche espérait s'indemniser, aux dépens de la Porte, des pertes qu’elle venait de faire en ltalie. Un plan de coalition fut arrêté entre les deux empires chrétiens et la rivale musulmane de la Turquie, la Perse, relevée par le redoutable Thamas- Kouli-Khan, qui se fit proclamer souverain de la Perse, sur ces entrefaites, sous le nom de Nadir-Schah (juin 1736) '. Le khan des Tatares de Crimée avait fait une expédition, en 1734, dans la Kabardah et le Daghestan, afin de secourir contre les Russes les tribus musulmanes du Caucase. La tzarine, sous ce prétexte, déclara la guerre au sultan. Les Russes, au mois de mai 1736, forcèrent les lignes de Pérécop, envahirent la Crimée et reprirent Azof (1+r juillet). Ce début semblait présager à l'empire othoman le plus grand danger qu’il eût jamais couru; heureusement pour lui, la triple attaque concertée n'eut pas lieu. Nadir- Schah aima mieux aller fondre sur les riches contrées de l’Indoustan et fit sa paix particulière avec les Turcs (septembre 1736). Quant à l'Autriche, elle ne fut prête qu’en 1737. Les deux empires

1. La Russie avait déjà fait des concessions à la Perse, en lui rendant Asterabad, je Mazanderan et le Ghilan, et en ramenant la frontière russe à la ligne du Kour et de l'embouchure de l'Araxe dans la Caspienne : elle avait renoncé à des possessions lointaines, coûteuses et désertes, mais elle conservait le revers méridional du Caucase, les fameuses portes de fer, et la facilité de redescendre en Perse quand elle voudrait. La Perse avait acheté ces réstitutions par la faveur accordée aux marchands russes de trafiquer en Perse et de passer de Perse dans l'Inde sans payer aucuns droits (13 février 1729 — 21 janvier 1732). — Supplément au Corps diplomatique de Dumont, t. II, part. IL, p. 250-326.

chrétiens se croyaient encore bien suffisants pour accabler la Turquie ; mais l'événement trompa tous les pronostics. Le gouvernement autrichien s'était fait illusion sur ses forces, et surtout sur l'emploi qu’il était capable d’en faire. Le prince Eugène, qui avait été non-seulement le grand général, mais le granit administrateur de l'Autriche, n'existait plus (mort Le 20 avril 1736): ia discorde était dans les conseils du faible et médiocre Charles VI; les finances étaient désorganisées : l’armée, très-incomplète, avait perdu ses meilleurs soidats en Italie. Deux ou trois généraux de mérite qui restaient à l'Autriche furent contrecarrés et paralysés par les instructions inintelligentes du cabinet de Vienne. L'armée autrichienne, au lieu de se porter en Valachie pour combiner son mouvement avec celui des Russes, qui devaient attaquer par la Bessarabie et mettre les Turcs entre deux feux, s’épuisa à faire des siéges en Servie et en Bosnie. Les Russes, après avoir pris Oczakow, non sans de grands sacrifices, s'étaient arrêtés quand ils avaient vu que les Autrichiens n’avançaient pas vers eux. La campagne de 1738 fut bien plus malheureuse pour l'Autriche; le grand-visir recouvra presque toute la Servie et prit Orsova, aprés avoir refoulé sur Belgrade l’armée impériale commandée par le grand-duc de Toscane, gendre de l'empereur (juillet-août 1738). Les Turcs, aguerris par leurs luttes contre la Perse, montraient un ordre et une fermeté qu’on n'avait pas vus chez eux de temps immémorial, Le péril de leur empire avait réveillé leur courage fanatique et, s’ils avaient repoussé la civilisation de l’Europe sous l'illustre et malheureux Ibrahim, ils acceptaient quelque chose de son esprit militaire sous le pacha Bonneval, qui gouvernait sous le nom du nouveau grand-visir.

Les Russes avaient obtenu quelques succès, mais sans pouvoir compléter la conquête de la Crimée ni pénétrer en Bessarabie. :s Turcs s'étaient bien défendus partout. Dans la quatrième campagne (1739), les Russes, traversant le midi de la Pologne, envahirent la Moldavie; mais, pendant ce temps, les Turcs remportaient une victoire décisive sur les Autrichiens à Grotzka ct assiégeaient Belgrade (juillet 1739), dont l’empereur avait fait, depuis la paix de Passarowitz, le boulevard de la Hongrie. La terreur saisit le cabinet de Vienne: l'empereur se hâta d’invoquer

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