‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 130 sur 327 · FRANCE ET TURQUIE · texte numérisé non relu

FRANCE ET TURQUIE

plus de ménagements pour les préjugés de l'islam. Jamais l’ensemble de notre situation diplomatique n’eût été meilleur, si nous avions eu un gouvernement capable d’en profiter !

Le vieux ministre français, poussé par ce besoin d'action qui était partout en France, excepté chez lui et chez son royal élève, fut entraîné à s’immiscer dans diverses questions contemporaines de la guerre du Danube. La médiation française, en 1738, pacifia Genève agitée par les querelles de la démocratie et du patriciat bourgeois. La France opéra par les armes, dans un autre débat, une intervention qui devait avoir dans l’avenir de grandes suites. La tyrannie exercée par les Génois sur leurs sujets corses, qu’ils excluaient de tous les emplois et qu’ils exploitaient par la plus dure fiscalité, avait de tout temps excité de fréquentes révoltes, qui eussent infailliblement renversé la domination génoise si les Corses eussent été capables de s’entendre. Cette singulière population avait conservé et conserve encore en grande partie les mœurs, non pas des antiques cités d'Italie, mais des petites tribus primitives, dans ce que ces mœurs ont eu de commun entre les Gaulois et les Germains, d’une part, les Arabes et les Maures, de l’autre : les éternelles guerres privées, les haines invétérées de famille à famille, expliquent comment une race aussi intrépide n'avait pas réussi à secouer le joug de ses maîtres. Au xvin' siècle, cependant, l'esprit politique ayant fait des progrès dans ce peuple et suscité des hommes remarquables, les insurrections se renouvelèrent avec plus d'ensemble, et les Génois se virent réduits à l'impuissance de dompter la rébellion par leurs propres forces. En 1729, ils avaient demandé des troupes à l’empereur : en 1730, les Corses, de leur côté, s'étaient adressés à la France et avaient offert de reconnaître le protectorat ou même la souveraineté de Louis XV'. Fleuri avait refusé. En 1732, le commandant des troupes impériales en Corse avait fait accepter aux maîtres et aux sujets une transaction garantie par l'empereur, mais bientôt violée par les Génois après le départ des Impériaux. La guerre s'était rallumée ct l'attention de l’Europe commençait à.se porter sur ce point de la Méditerranée, il importait fort de savoir ce

Page 1