QUE FERA LA FRANCE
par des intrigues souterraines; « une dame trop puissante », dit Voltaire ‘, appuyait Belle-Isle auprès du roi; la seule ambitieuse entre les maîtresses de Louis XV,,madame de Vintimille, voyait dans les affaires d'Autriche le moyen d’abattre le système et peutêtre la personne de Fleuri. Le vieux cardinal se laissa extorquer la nomination de Belle-Isle aux fonctions de plénipotentiaire auprès de la diète électorale qui allait se réunir à Francfort et auprès de tous les princes d'Allemagne (novembre 1740). Les premières instructions ne regardaient que la promotion de l’électeur de Bavière à l’Empire; comme il était impossible de s’en tenir là et que Fleuri n’avait aucun plan sur le reste, Belle-Isle se jugea dès lors maître de la situation.
Les premières semaines qui suivirent la mort de l’empereur avaient été remplies par une guerre de plume entre l’électeur de Bavière et Marie-Thérèse, qui s’intitulait reine de Hongrie et de Bohême. Le Bavarois n’était pas en mesure d’agir autrement qu’à coups de manifestes. Les autres prétendants intrizuaient à Versalles, d’où ils attendaient le signal. Ce signal fut donné, non par la cour de France, mais par un prince qui agit avant de parler. Le jeune roi de Prusse jeta un regard d’aigle sur les domaines autrichiens et sur ses propres états, et comprit qu’une heure décisive sonnait pour son royaume et pour lui-même; que, sil ne faisait pas maintenant ce qu’avait préparé son père, il ne le ferait jamais. Il vit la monarchie prussienne formée de tronçons épars dans l’énorme espace qui s'étend du Niemen à la Meuse; à l’est, l’ancienne Prusse ducale; au centre le Brandebourg, avec la Poméranie prussienne, Magdebourg et Halberstadt; à l’ouest, les deux petits duchés de Gueldre et de Clèves. Par où commencer à recoudre ces lambeaux, à arrondir, à masser cette zone étroite et disjointe? On s'attendait que Frédéric IT portât son ambition sur les duchés de Berg et de Juliers : ces duchés, plus considérables que Clèves et Gueldre, devaient vaquer prochainement par la mort du vieil électeur palatin, qui n’avait pas d’héritiers directs; la maison de Brandebourg en revendiquait la réversibilité et avait reçu, quant à Berg, la promesse formelle du