Siècle de Louis XV ch. v
feu empereur, en échange de la garantie donnée par Frédéric- Guillaume à la pragmatique. Frédéric I pouvait done, à l'exemple de ce qui s'était passé en Toscane et à Parme, réclamer l’occupation préalable du domaine promis; mais c’eût été se heurter contre la France, qui ne voulait pas voir la Prusse joindre Berg et Juliers à Clèves et à Gueldre et s'étendre ainsi entre Rhin et Meuse, sur le sol gaulois. Ce n’eût point été d’ailleurs une force réelle pour la Prusse; c'était trop loin de son centre. Frédéric n'eut besoin que de jeter les yeux sur ses archives pour y trouver de vieilles prétentions bien autrement avantageuses : la maison de Brañdebourg avait, sur une partie de la Silésie, des droits que l'Autriche lui avait autrefois arrachés; la Silésie, la grande vallée du Haut-Oder, possession si riche par elle-même, si avantageusement située, pour la politique et la guerre, entre la Bohême et la Pologne!
Frédéric devait-il s'arrêter à la garantie de la pragmatique? Gette garantie était nulle : l'empereur en avait violé les conditions en donnant à deux autres prétendants les mêmes promesses sur Berg et sur Juliers qu’il avait données au feu roi de Prusse‘, Frédéric était donc libre des engagements de son père, et, d’ailleurs, il faut bien en convenir, l’Anti-Machiavel n'avait guère été pour Frédéric qu'un exercice littéraire, un lieu commun de rhétorique, et l’auteur de ce traité de morale à l'usage des rois, à peine monté sur le trône, s'était fait une conscience fort large sur l’article de la raison d'état; ce ne fut pas le point de droit qui le préoccupa beaucoup. Hi ne se demanda pas davantage si la reconnaissance, à défaut du droit strict, ne l’engageait point envers la fille de l'empereur : Charles VI l'avait sauvé, en 1730, des fureurs de son propre père, quand le féroce Frédéric-Guillaume avait voulu faire tomber la tête du prince royal de Prusse, coupable d’avoir tâché de fuir la tyrannie paternelle, et que l’empereur s’était interposé à titre de suzerain, Frédéric n’examina que les obstacles et les chances de succès. Il
1. L'empereur avait même, ce que Frédéric ignorait, traité avec la France pour assurer Berg et Juliers au prince de Sulzbach, héritier présomptif du Palatinat (18 janvier 1739). V. Hist. générale des Traités de Paix, par M. de Garden, t, UT, D. 251; 1849, Paris. — Frédéric IT, Hist, de Mon Temps t, I, p. 118.