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FRÉDÉRIC EN SILÉSIE

savait le délabrement des finances et de l’armée autrichiennes. Au dehors, les deux états qui pouvaient le plus pour ou contre lui, étaient la France et la Russie. Du côté de la France, point d'opposition à craindre. Il n’en était pas de même de la Russie, mais la tzarine Anne venait de mourir huit jours après l’empereur (27 octobre 1740), après avoir désigné pour son héritier un enfant de deux mois, appélé Ivan, petit-fils de sa sœur et par conséquent petit-neveu de Pierre le Grand, et fils d’un due de Brunswick-Beveren, qui était le beau-frère de Frédéric. Le nouveau gouvernement était dominé par l’Allemand Munich; le roi de Prusse gagna Munich et, par lui, la neutralité russe.

Le 22 décembre, un corps d'armée prussien entra en Silésie, sous le singulier prétexte d'empêcher les prétendants à la succession autrichienne d’envahir cette province, pendant ce temps, un envoyé de Frédéric allait offrir à Marie-Thérèse de garantir la pragmatique et d'aider le grand-duc de Toscane à monter au trône impérial, moyennant la cession des duchés de Glogau et de Sagan, portion de la Basse-Silésie. Frédéric les eût payés 6 millions. Marie-Thérèse, princesse de vingt-trois ans, joignait à l’obstination héréditaire de sa race une hardiesse de cœur et une activité que ses pères n'avaient pas montrées depuis plusieurs générations : elle refusa dédaigneusement ce qu’on exigeait d’elle les armes à la main. Elle fit appel aux garants de la pragmatique : la Russie s’excusa de la secourir; le gouvernement anglais, embarrassé de ses débats intérieurs contre une opposition ardente et engagé malgré lui dans la guerre contre l'Espagne, offrit d’abord sa médiation avant de remplir ses engagements envers l’Autriche; la Hollande craignait de se brouiller avec la France; la France n’avait encore reconnu Marie-Thérèse comme héritière de Charles VI par aucun acte officiel; la reine de Hongrie écrivit des lettres émouvantes à Louis XV et à Fleuri; on assure qu'elle offrit à la France une partie de la Belgique. Peut-être pouvait-on encore imposer un arrangement à Marie-Thérèse et à ses adversaires, en ajoutant aux concessions que nous avons indiquées une nouvelle concession pour la Prusse. Le cabinet français tergiversa. Frédéric, cependant, triomphait sans combat et s’emparait, en peu de jours, des trois quarts de la Silésie : cette grande province

était dégarnie de troupes, l'attaque ayant été entièrement imprévue, et les populations, aux deux tiers protestantes, accucillaient les Prussiens à bras ouverts. Pendant trois mois, l'Autriche fut hors d’état de rien faire pour défendre ou recouvrer la Silésie.

Les faits semblaient donner raison au comte de Belle-ïsle. ji redoubla d'efforts, par sa correspondance et par les adhérents qu'il avait laissés à Versailles. Rien n’était si aisé, assurait-il, que d’étouffer en germe la nouvelle maison d'Autriche : on serait comptable à la postérité de manquer une si grande occasion; il ne fallait ni beaucoup de troupes ni beaucoup d'argent; il suffisait d'intervenir comme auxiliaires de la Bavière; avec peu d'efforts, On atteindrait un résultat immense ; on réduirait Marie-Thérèse au royaume de Hongrie, à la Basse - Autriche avec ses annexes et à la Belgique, et l’on partagerait tout le reste entre les alliés de la France, assez accrue de la ruine de l'Autriche. La plus grosse part serait pour le futur empereur, Charles de Bavière : il aurait la Bohème, la Souabe autrichienne , le Tyrol, la Haute-Autriche; le Milanais serait pour le second fils de la reine d'Espagne, gendre de Louis XV. Cette dernière partie du plan de Belle-Isle attestait le peu de solidité de son esprit; il n'avait pas compris que le Piémont était le pivot de toute coalition en Italie et qu’on ne pouvait gagner le Piémont qu'au prix du Milanais. Fleuri refusa d'abord : il donna, dit-on, son avis écrit au roi contre la guerre; la misère qui régnait en France et la dépopulation causée par cette misère étaient ses principaux arguments: néanmoins, quand il vit le roi fortement influencé par sa maîtresse, par ses familiers, par les lettres de sa fille, la jeune infante, que la reine d’Espagne dressait à demander à grands cris un apanage pour son mari aux dépens de l'Autriche, Fleuri céda peu à peu et laissa le plénipotentiaire de France en Allemagne transformer sa mission pacifique en mission de guerre et de spoliation t.

Un événement important vint en aide à Belle-Isle. Un corps d'armée autrichien, rassemblé en Moravie, était enfin descendu dans les plaines de Silésie, et un premier choc avait eu lieu à Molwitz, près de Brieg (10 avril 1741). La cavalerie prussienne

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