PRAGUE. L'EMPEREUR BAVAROIS
Les alliés poussèrent de nouveaux cris vers Frédéric IT : Frédéric y répondit et trahit ses engagements envers Marie-Thérèse, comme il avait trahi ses engagements envers la France : il s'excuse, dans l'Histoire de Mon Temps, sur ce que la cour de Vienne avait la première manqué de parole en divulgant leur convention, qui devait rester secrète. Ses vrais motifs étaient d’extorquer la cession de la Haute-Silésie et d'empêcher les Autrichiens de ressaisir avantage sur les alliés. Il lança sur la Moravie un corps d’armée, qui entra dans Olmutz le 26 décembre, et courut, de sa personne, à Dresde et à Prague pour concerter ses opérations avec les Saxons et les Franco-Bavaroiïis. Le plan qu’il fit adopter fut de réunir seize mille Saxons et cinq mille Français aux Prussiens en Moravie et de jeter cette armée combinée sur la Basse-Autriche, ce qui devait dégager la Haute-Autriche et la Bavière; mais, avant que la jonction eût pu s’opérer, les sept ou huit mille Franco-Bavarois' qui occupaient la Haute-Autriche avaient été rejetés dans Lintz par vingt mille Austro-Hongrois, et leur commandant Ségur s'était trop hâté de capituler et d’évacuer zintz, en promettant que son corps ne porterait pas les armes d’un an (23 janvier 1742). Le gros des troupes qui avaient recsnquis Lintz envahirent la Bavière, que les montagnards du %yrol prenaient en même temps à revers. La guerre devenait populaire dans la plupart de ces provinces autrichiennes, que les alliés avaient prétendu partager comme des troupeaux, sans rien offrir aux populations qui püt leur rendre avantageux de changer de maîtres. L’électeur Charles de Bavière fut élu empereur, sur ces entrefaites, à Francfort, sous de tristes auspices (24 janvier). Le lendemain du couronnement de l’empereur Charles VII (12 février), les bandes de Marie-Thérèse entrèrent à Munich, présage du peu de durée qu’aurait la translation de l’Empire dans d’autres mains que celles des souverains de l'Autriche.
Le plan de Frédéric, bien exécuté, pouvait compenser ces revers; mais le roi de Prusse fut mal secondé par ses alliés. La division française que Broglie lui avait accordée, d’assez mauvaise grâce,
1. L’électeur de Bavière, qui avait promis de lever vingt-huit mille hommes, n’en avait d’abord mis sur pied que douze mille, quoique aidé d’un subside français de 6 millions! Hist. de la Guerre de 1741, p. 82.
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fut bientôt rappelée dans l'intérieur de la Bohème, où les troupes françaises se fondaient sous le typhus, et les Saxons, qui ne pâtissaient pas moins, une fois en Moravie, ne voulurent point passer outre. Frédéric ne put lancer aux portes de Vienne qu’un corps de partisans et non point une armée. Il se dédommagea en mangeant la Moravie, où il prit hommes, argent, chevaux, tout ce qu’il put prendre; il n’avait point à ménager ce pays comme la Silésie, puisqu'il n'avait pas l'espoir de la garder. Il avait perfectionné le système de recrutement de son père; c'était d'enlever les jeunes gens des contrées qu’il envahissait et de les incorporer de force dans son armée. Avec une armée ainsi constituée, Frédéric eût beaucoup risqué en cas d'échec! Au mois d'avril, harcelé par les bandes hongroises et n’ayant aucune confiance dans les Saxons, il abandonna la Moravie et se replia sur la Bohème. La guerre se concentra dans la Bohême et la Bavière. Un nouveau corps de dix mille Français, secours bien insuffisant, avait passé le Rhin en mars et fit évacuer aux Autrichiens la plus grande partie du territoire bavarois, qu’ils avaient ravagé avec la dernière barbarie.
La situation générale se modifiait toutefois sensiblement en faveur de l'Autriche. La Turquie, loin de mettre à profit les périls de Marie-Thérèse, observait le traité de 1739 avec une loyauté qui faisait honte aux princes chrétiens. La diversion opérée par la Suède contre la Russie, dans l'intérêt français, avait débuté par une défaite en Finlande (septembre 1741); depuis, une conspiration heureuse, à Saint-Pétersbourg, avait renversé le jeune tzar Ivan et porté au trône la seconde fille de Pierre le Grand, la tzarine Élisabeth (6 décembre 1741); cette révolution, qui était le signal d’une fougueuse réaction moscovite contre la domination des étrangers, des ministres et des généraux allemands, et qui menaçait d’ébranler l’œuvre de Pierre le Grand tout en couronnant sa fille‘, avait paru d’abord devoir profiter à la
1. Élisabeth, dans le manifeste du jour de son avénement, déclare que le trône lui appartient par droit de naissance : c’est encore là de la réaction contre Pierre le Grand, qui, par son fameux ukase de février 1722, avait substitué, à l’hérédité selon le sang, le choix du successeur par le prince régnant. V. Rousset, t. XVI, p. 511.
Un chirurgien français, Lestocq, avait été le principal conseiller d’Élisabeth dans «cette crise. Ë