‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 146 sur 327 · ABAISSEMENT DE FLEURI · texte numérisé non relu

ABAISSEMENT DE FLEURI

Yévacuation de la Bohème (2 juillet) : Kôünigsesg en référa à sa souveraine et reçut, quelques jours après, une pitoyable lettre de Fleuri : « Je me crois obligé », disait le vieux ministre, « de témoigner à Votre Excellence la peine extrême que j'ai eue « en apprenant qu'on me regardait à Vienne comme l’auteur « principal des troubles qui agitent l'Allemagne... votre cour ne « me rend pas justice. Bien des gens savent combien j'ai été « opposé aux résolutions que nous avons prises, et que j'ai été, « en quelque sorte, forcé d’y consentir par des motifs très-pres- « sants qu'on a allégués; Votre Excellence... devine aisément « celui qui mit tout en œuvre pour déterminer le roi à entrer « dans une ligue qui était si contraire à mon goût et à mes prina« cipes (11 juillet) ». Ce honteux radotage, par lequel Fieuri dénonçait à la cour de Vienne le plénipotentiaire même chargé de négocier avec elle, et qui se terminait par un appel à la modération et presque à la clémence de l'Autriche, fut aussitôt publié par ordre de Marie-Thérèse et livra le cabinet de Versailles à la risée de l'Europe. La reine de Hongrie refusa de traiter, à moins que l’armée française de Bohème ne se rendit prisonnière. À son tour, elle manqua le moment décisif. Elle eût pu, en cédant à l'empereur la Souabe autrichienne, possession éloignée et difficile à défendre, s'assurer tout le reste de l’héritage paternel et imposer aux Franco-Bavaroïis la condition de l'aider à reprendre la Silésie : cette âme passionnée suivit sa vengeance et non son intérêt.

Marie-Thérèse eût été cruellement punie avant peu, si elle avait eu affaire à d’autres adversaires que Fleuri et que Broglie. L'infanterie autrichienne se ruina devant Prague et devant le camp français, défendus avec une terrible énergie par les troupes de Broglie et de Belle-fsle : les sanglantes et victorieuses sorties de Prague relevèrent l'honneur de nos drapeaux compromis à Lintz et répondirent dignement à l'insolente sommation de mettre bas les armes. Nos troupes, cependant, ne souffraient pas moins que l'ennemi; mais, pendant ce temps, l'autre armée française, qui avait hiverné en Westphalie, passé le printemps dans l’inaction,

1. Flassan, t. V, p. 160. — D'Espagnac, t. I, p. 257. — Valori, t. 11, p. 169,

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puis été rappelée deçà le Rhin pour surveiller les forces angloallemandes qui se réunissaient en Belgique, l’armée de Maïllebois était rentrée dans l’intérieur de l'Allemagne et marchait vers la Bohème. Dans la première quinzaine de septembre, les Autrichiens levèrent le blocus de Prague et se portèrent au-devant de Maillebois. Broglie et Belle-Isle sortirent sur les derrières de l'ennemi. Tout présageait un désastre aux Autrichiens, pourvu que les chefs des deux armées françaises fissent leur devoir. Broglie ne sut qu'empêcher l'exécution d’un très-bon plan de Belle- Isle pour enlever le parc de siége des ennemis dans leur retraite; quant à Maillebois, il avait les mains liées! Le cabinet de Vienne, radouci tout à coup devant le péril, s'était remis à négocier, et Fleuri avait défendu à Maïllebois d'avancer et de rien haserder. Le grand-duc de Toscane et Künigsegg eurent ainsi le temps de rappeler de Bavière la meilleure partie du corps autrichien qui y tenait la campagne et de s’établir fortement dans les forôts et les montagnes qui séparent le Haut-Palatinat de la Bohème. Quand on reconnut enfin qu'on était joué, il était trop tard, ou, du moins, les chances étaient devenues beaucoup plus douteuses; Maillebois, garrotté par ses timides instructions, renonça à la ionction avec Broglie et Belle-Isle, se rejeta sur la Bavière, d’où il acheva de chasser presque entièrement les Autrichiens, et y établit son armée pour l’hiver (fin octobre). Une partie de l’armée autrichienne se rabattit sur Prague et y renferma de nouveau Belle-Isle, enfin débarrassé de son collègue, qui s’en alla, dit Valori « porter à l’armée de Bavière l'esprit de désordre et de vertige avec lequel il avait fait tant de mal en Bohème ». Il avait reçu le commandement de cette armée à la place de Maillehois. Belle-Isle se retrouva bientôt dans une situation presque aussi difficile qu'avant la diversion de Maillebois. Resserré, avec un corps d'armée décroissant de jour en jour, dans une grande ville dont la population était favorable à l'ennemi ?, harcelé par les

1. Frédéric Il, Hist. de Mon Temps, t. I, p. 278. — Valori, t. I, p. 174, — D’Espagnac, t, I, liv. V.

2. Cette disposition n’était pas générale en Bohème : Frédéric II dit que les paysans penchaient davantage vers l'empereur bavarois que vers Marie-Thérèse, On n’en sut pas tirer parti pour faire des recrues. à

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