‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 148 sur 327 · SUÈDE. ITALIE · texte numérisé non relu

SUÈDE. ITALIE

La guerre n’avait commencé en Jialie que dans l’été de 1742, et, là, l'ambition aveugle de la cour d’Espagne et la faiblesse du cabinet français avaient d'avance annulé la principale chance de succès en aliénant le roi de Sardaigne; Charles-Emmanuel n’eüt pas mieux demandé que de s'entendre avec les Bourbons contre l'Autriche ; mais, lorsqu'il fut assuré que la reine d'Espagne, malgré ses promesses, voulait tout pour son jeune fils, il céda aux instances des Anglais et se retourna vers Marie-Thérèse : tout en réservant formellement ses prétentions sur le Milanais, il promit de défendre cette province contre les Espagnols. Ceux-ci avaient pour alliés le roi de Naples et le duc de Modène : tous les autres états italiens s'étaient déclarés neutres; l'époux même de Marie- Thérèse, le grand-duc de Toscane, avait pris ce parti pour préserver son duché. Les Espagnols avaient préparé une double attaque : un corps d'armée débarqué aux présides de Toscane, sous la protection d’une flotte franco-espagnole que les Anglais n'avaient point été en mesure d'attaquer, devait, après s'être renforcé des troupes napolitaines, se porter contre le Parmesan et le Milanais, un autre corps, traversant le midi de la France, devait pénétrer en Piémont par Nice. Le cabinet de Versailles, et par économie et dans l'espoir de regagner Charles-Emmanuel, ne fournit pas de contingent à l'Espagne cette année. Les Austro-Piémontais prévinrent les Hispano-Napolitains en Lombardie : ils envahirent le Modénais et rejetèrent les Espagnols sur le territoire pontifical. En même temps, une escadre anglaise menaça de bombarder Naples, si le roi don Carlos ne se retirait de l'alliance espagnole. Le roi de Naples céda à cette menace barbare et rappela ses troupes (juillet-août 1742). L'attaque contre le Piémont par Nice échoua également : l'infant don Philippe, repoussé de ce côté, alla envahir la Savoie par le Dauphiné, conquête facile, mais qui ne donne pas la clef de l'Italie (septembre-1742 — janvier 1743).

L'année 1743 s’ouvrit par un événément qui excita une grande attente en Europe. L'homme qui avait pris en main le gouvernement de la France dans une vicillesse avancée déjà, et qui s'était

taire pour la

royal de Danemark. Ja Russie fit échouer ce projet, qui eût été si salu t. 1, p. 284;

Scandinavie et pour l'Europe. — V. Frédéric Il, Hist. de Mon Temps, t. I, p.27

obstiné à le garder jusqu’à un âge dont notre histoire politique n'offre aucun autre exemple, le cardinal de Fleuri s’éteignit, le 29 janvier, dans sa quatre-vingt-dixième anrite, la dix-septième de son ministère. Il avait régné presque aussi longtemps que Richelieu ou que Mazarin! Son règne n'avait, du reste, ressemblé au leur que comme la décrépitude ressemble à la virilité’. On l’appellera sage, si l’égoïsme volontairement imprévoyant peut s'appeler sagesse et si la passion du pouvoir peut s’excuser sans les grandes pensées et la vigueur morale qui font presque une vertu de l'ambition. Nous avons apprécié ailleurs son administration économique : s’il eût soutenu avec persévérance le système pacifique dont il s'était fait gloire, on lui tiendrait compte des bienfaits de la paix, tout en lui reprochant d’avoir oublié qu’une grande nation qui ne veut pas attaquer doit être toujours prête à se défendre; mais il ne sut préparer ni faire ni la paix ni la guerre : entraîné malgré [ui à la lutte, 1] fit beaucoup plus qu’il ne voulait, beaucoup moins qu’il ne fallait, pour décider le succès de cette lutte, la dirigea déplorablement du fond de son cabinet, et laissa la France compremise dans une guerre qui grandissait de jour en jour, ayant perdu le renom de modération, de justice, d'esprit pacifique, qu’il avait prétendu lui assurer, sans avoir regagné celui de puissance active et conquérante. Si la guerre continentale avait déjà montré les suites de sa mauvaise direction, les affaires maritimes devaient bientôt en manifester de plus funestes conséquences.

$ IT. Louis xv. SUITE ET FIN DE LA GUERRE DE LA SUCCESSION D’AUTRICHE.

Au pouvoir d’un seul succéda, dans le conseil, une sorte d’anarchie. Louis XV réitéra la déclaration de gouverner par lui-même,

1. Il eut pourtant un avantage moral sur ses illustres prédécesseurs : il fut le premier de nos ministres qui vécut sans faste et mourut pauvre; son indifférence pour l'argent est quelque chose de remarquable dans une nature si peu élevée à tout autre égard,

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