‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 150 sur 327 · XV · texte numérisé non relu

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aux traitants, ne connaissant que ses routines finan:ières et n’en- ‘endant rien aux intérêts maritimes et coloniaux, qui dépendaient le lui en grande partie, la Compagnie des Indes relevant de son département. Les affaires étrangères étaient dans les mains d’un homme lettré, érudit, mais sans capacité politique, Amelot, gouverné par le ministre de la marine, Phelippeaux de Maurepas, fils du trop fameux Jérôme de Pontchartrain‘ : Maurepas, né ministre, pour ainsi dire, gâté dès l’enfance par la cour, amusaïit le roi par son esprit élégant et facile, mais ne relevait guère la marine qu’en paroles : frivole et corrompu, s’il était capable d’une certaine activité, il était aussi incapable que Richelieu de sérieux et de solidité; il avait épousé les passions de la reine d’Espagne, pour se faire un point d’appui au dehors. Les intérêts du commerce et de la marine étaient étranglés entre Jui et Orri. Au petit ministère des affaires des prétendus réformés, de la maison du roi et des lettres de cachet, figurait un cousin de Maurepas, Phelippeaux de Saint-Florentin, fils du La Vrillière de 1685, persécuteur héréditaire, pensionnaire de l’assemblée du clergé, et qui, devenu maître absolu dans son département, allait déchaîner sur les protestants une persécution plus hideuse et plus opiniâtre que celle de Y. le Duc. Le ministère de la guerre, vacant par la mort de l’obscur Breteuil, venait, au contraire, d’être donné à un homme d’esprit un peu léger, mais brillant, libéral et ouvert aux idées nouvelles, le comte d’Argenson, un des fils du célèbre lieutenant de police : d’Argenson, l'ami des philosophes, qui, de concert avec Richelieu, appelait Voltaire à la cour et en voulait faire un diplomate, à côté de Saint-Florentin, pensionné du clergé pour traquer les huguenots; c'était le chaos!

Enfin, un autre ministre, le premier par le rang, le dernier peut-être en influence sur la politique générale, était le chancelier d’Aguesseau, rentré dans la possession des sceaux à la chute de Chauvelin, en 1737. Ce personnage, qui était loin d’avoir, parmi ses contemporains, une importance correspondante au grand nom qu’on lui a fait, compte dans sa vie publique trois périodes bien

1. Saint-Simon, en faisant chasser le père sous la Régence, avait fait maintenir la survivance au fils, consacrant ainsi le plus grand des abus contre lesquels il crie si fort dans ses Mémoires.

[1743] LES MINISTRES, 259 tranchées : le brillant et courageux magistrat de la première époque était devenu, dans la seconde, un ministre médiocre, méticuleux et vacillant; il s'était montré, comme l'appelle plaisamment Saint-Simon, le père des difficultés et l'homme le moins propre aux affaires en temps de crise. Dans la troisième période, il se releva en se retirant de la politique, qu’il n’entendait pas, et en se renfermant dans son ministère spécial : il y rendit des services considérables, en portant l'unité, non pas dans les lois de la France, ce qui eût été fort au delà de son pouvoir et même de ses désirs, mais, au moins, dans l'interprétation de ces lois, qui variait d’un tribunal à l’autre, ce qui ajoutait grandement aux inconvénients de la diversité des coutumes. L’unité de jurisprudence était un pas vers l’unité de législation, que d’Aguesseau eût certainement regardée comme une téméraire utopie.

L'aspect des affaires n’était pas rassurant à l'ouverture de la campagne de 1743. L’Autriche, dont les états se trouvaient débarrassés de l'invasion, s’apprêtait à renouveler son attaque contre les états de l’empereur. Le roi d'Angleterre avait rompu la neutralité du Hanovre et passé la mer pour prendre le commandement de l’armée anglo-allemande réunie en Belgique dans l’automne de 1742, armée qui eût fort embarrassé le gouvernement français si elle eût attaqué nos frontières avant l’hiver. L’insuccès des agressions contre les colonies espagnoles excitait les Anglais à frapper sur Le continent un coup qui abattit à la fois la France et l'Espagne : leur diplomatie remuait toute l'Europe; elle ne réussit que trop bien en Hollande. Le parti orangiste et anglais, qui voyait dans la guerre une chance de rétablir le stathoudérat, réchauffa les vieilles passions populaires contre la France et, l'or et l'intrigue aidant, arracha aux États-Généraux l'engagement de fournir vingt mille auxiliaires à Marie-Thérèse (mai 1743) : jamais peuple ne commit une faute plus grossière; la Hollande risquait, pour une cause qui lui était absolument étrangère, sa liberté politique et son commerce, qu’enrichissait sa neutralité entre ’Angleterre et l'Espagne.

Lorsque fut adoptée cette malheureuse réssiution, l’armée anglo-allemande avait quitté la Belgique et gagné le Rhin, malgré les vives représentations de Frédéric IT contre l'entrée des Anglais

dans l’Empire. Le roi de Prusse eût bien voulu retenir la Hollande et décider la diète germanique à interposer son arbitrage et à lever une armée de neutralité; mais les électeurs ecclésiastiques et les petits princes allemands retombaient déjà dans leurs habitudes de déférence obséquieuse envers l'Autriche, et Frédéric n'avait pu rien obtenir de sérieux. L’armée anglo-allemande, forte de trenteneuf mille hommes à la solde anglaise, dont dix-sept mille Anglais natifs, et de dix mille Autrichiens, passa le Rhin le 14 mai, afin de couper l’armée de Bavière d’avec la France, pendant que l’armée autrichienne l’attaquerait de front. Une nouvelle armée française, qui avait eu pour noyau les débris des troupes de Bohème et quelques régiments rappelés de Bavière, avait été formée dans l’est sous les ordres du maréchal de Noailles, Belle-Isle étant dans une demidisgràce. Noaïlles passa le Rhin à la suite du roi d'Angleterre, afin de l'arrêter entre le Necker et le Mein: mais le sort de la Bavière fut décidé trop vite pour que George ou Noaiïlles y pût influer. Les troupes franco-bavaroises, fort affaiblies par le typhus, étaient dispersées dans des cantonnements trop étendus : aux premiers mouvements des Autrichiens, en avril, le feld-maréchal bavarois Seckendorf! pria le maréchal de Broglie de concentrer les Français : Broglie n’en fit rien; le 9 mai, les Autrichiens enlevèrent, à Braunau sur l’Inn, un corps de cinq ou six mille Bavaroiïs; puis ils tombèrent sur les quartiers français et poussèrent Broglie de l’Inn sur l'Iser, de l’Iser sur le Lech : Broglie se laissa chasser de toute la Bavière en un mois, sans essayer de tenir nulle part. Le malheureux empereur Charles VIT s'enfuit de sa capitale et alla traîner son vain titre et sa ruine pompeuse dans la ville impériale de Francfort : son feld-maréchal Seckendorf, voyant les Français continuer leur mouvement de retraite vers le Rhin, poursuivis par les bandes slavo-magyares, et abandonner entièrement la Bavière, sonclut, pour ce qui lui restait de troupes, une convention de neutralité avec les Autrichiens et se retira par la Franconie à Philipsbourg (fin juin).

Au moment où Broglie sortait dela Bavière, sa déplorable retraite semblait sur le point d'être vengée d’une manière éclatante par

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