‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 151 sur 327 · BATAILLE DE DETTINGEN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE DETTINGEN

Noailles. Le roi George II avait poussé son armée le long du Mein jusqu’à Aschaffenbourg, sans connaître le terrain : Noailles, établi à l’autre bord du Mein, empêchait les Anglo-Allemands de déboucher, les tenait serrés dans une espèce d’impasse entre la rivière et les montagnes arides du Spesshardi, et leur coupait les vivres par les postes qu’il occupait sur le Mein, au-dessus et audessous de leur camp. George II, ne pouvant ni avancer ni subsister, voulut retourner en arrière (27 juin) : c'était où l’attendait Noailles. Des batteries étaient disposées sur la rive gauche du Mein pour foudroyer l'ennemi durant son défilé sur la rive droite: un corps français passa la rivière à Seligenstadt et se mit en bataille entre la rivière et les hauteurs, derrière le village de Dettingen, que couvrait un ravin que l’ennemi devait traverser pour gagner la route de Hanau; un autre corps traversa le Mein plus haut et se saisit d’Aschaffenbourg dès que l'ennemi en fut sorti. L'armée anglo-allemande était comme un loup pris au piége. Jusque-là, le plus grand général n’eût pu mieux faire. Par malheur, Noailles, après avoir ordonné au corps placé près de Dettingen, qui était le point décisif, de ne pas bouger et d'attendre du renfort, repassa la rivière pour observer les mouvements de l'ennemi et diriger les troupes restées au delà du Mein. C’eüt été bon, s'il avait ea un lieutenant sur lequel il pût compter; mais il avait eu la faiblesse de confier le poste le plus important à son neveu, au lieutenant-général duc de Gramont; quand Gramont vit l'ennemi déboucher devant Dettingen, il partit comme un fou avec sa division, franchit le village et le ravin, et se jeta entre les Anglais et les batteries françaises de la rive gauche, qui mitraillaient l'ennemi depuis trois heures. Le reste de l'avant-garde suivit Gramont. Dès lors, toute l’habile combinaison de Noailles fut perdue : les soldats imitèrent l’indiscipline des chefs; cavaliers et fantaseins chargèrent tumultueusement des masses profondes, qui les reçurent en bon ordre, avec un feu inférieur à celui des Prussiens, mais plus nourri que celui de l'infanterie française. La cavalerie de la maison du roi déploya inutilement une brillante valeur; l'infanterie, pleine de recrues et de milices, se débanda en grande partie, et Noailles n'eut d'autre parti à prendre que de replier ce corps compromis sur le gros de l’armée qui était encore

au delà du Mein. Les Anglais passèrent, trop heureux d’avoir conquis une libre retraite, et, tout vainqueurs qu'ils fussent, abandonnèrent leurs blessés sur le champ de bataille à l'humanité des français. On avait eu à peu près deux mille cinq cents morts ou blessés de chaque côté !.

Cette journée ne décidait rien; mais des renforts anglais et hanovriens arrivèrent bientôt à l'ennemi : on annonçait quinze mille Hollandais ; l’armée autrichienne qui avait chassé Broglie de la Bavière entrait en Souabe sous les ordres du prince Charles de Lorraïne, beau-frère de Marie-Thérèse. Noaïilles, menacé d’être pris entre George II et le prince Charles, repassa le Rhin et se replia sur Spire, où il retrouva les restes de l’armée de Bavière ?, puis sur la Lauter (juiiet-août). Le cabinet de Versailles avait signifié à la diète germanique que, l’empereur ayant conclu un traité de neutralité avec la reine de Hongrie, le roi retirait ses armées des terres de l'Empire pour ne pas mettre obstacle à une transaction (13 juillet). L’Angleterre et l’Autriche ne virent dans cette démarche conciliante qu’une marque de faiblesse : les projets les plus téméraires s’agitaient entre George II et Marie-Thérèse; il n’était question de rien moins que de reprendre à la France l’Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté. Il fut convenu que le roi Georges attaquerait par la Basse-Alsace et le prince Charles par Ja Haute. Les alliés, cependant, perdirent du temps et n’essayèrent point d'agir avant la fin d'août. Ils éprouvaient à leur tour les inconvénients des coalitions; la discorde était dans le camp de George IT, qui était, comme son père, plus Allemand qu'Anglais et qui excitait la jalousie des fiers insulaires par ses préférences pour les Hanovriens ; d’un autre côté, le cabinet anglais, sachant les tentatives que faisait la France afin de regagner le roi de Sardaigne, voulait forcer Marie-Thérèse aux concessions territoriales nécessaires pour s’assurer de Charles-Emmanuel. La

1. Campagne du maréchal de Noailles en 1743, t. I, p. 235-265. — Mém. de Noailles, p. 316. — D’Espagnac, Alas. — Frédéric Il, Hist. de Mon Temps, t. II, p. 22-29. — Voltaire, Siècle de Louis XV, ch. x.

2. Sur cent vingt mille Français qui avaient formé ou recruté les deux premières armées envoyées en Allemagne en 1741, trente-cing mille au plus avaient repassé le Rhin! La plupart avaient péri dans les hôpitaux ou sur les chemins : beaucoup avaient

été traînés prisonniers en Hongrie, où ils étaient fort durement traités par les populations qui servaient la vengeance de Marie-Thérèse.

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