Voltaire, Guerre de 1741, t. I, p
(1744) L'ENNEMI REPOUSSÉ. FREYBOURG. 2173
ponts qu’ils avaient sur le Rhin, à Beinheim, au-dessous de Fort- Louis (24 août). À peine rentrés en Souabe, ils volèrent à tired’aile au secours de la Bohème. 11 semblait évident qu’on dût les suivre en masse à travers l'Allemagne, les mettre entre deux feux, entre Français et Prussiens, et chercher à terminer la guerre par un coup décisif. Malgré la supériorité numérique des ennemis en Flandre, les belles manœuvres du maréchal de Saxe les réduisaient à l'impuissance, et l'on pouvait se lancer en Allemagne sans rien craindre de ce côté. Au lieu de cela, on se contenta de faire marcher vers la Bavière les troupes impériales et hessoises, soutenues de quelques détachements français, et le gros de l’armée française fut employé à conquérir la Souabe autrichienne pour l’empereur : on prit les villes forestières du Rhin; puis on attaqua la forte place de Freybourg, qui, défendue avec vigueur, coûta deux mois de travaux et des milliers d'hommes (fin septembre - fin novembre) : le roi, tout à fait rétabli, avait assisté à la plus grande partie du siége et fit raser les fortifications de Freybourg, comme il avait fait de celles de Menin : c’étaient deux ouvrages de Vauban‘.
Pendant qu'on se fatiguait à cette conquête meurtrière, qui mettait la Haute-Alsace à l'abri, mais qui ne donnait pas de positions offensives contre l'Autriche, on laissait Frédéric sans secours. Le conseil de Vienne avait parfaitement combiné son système de défense : il avait évacué presque toute la Bavière et massé toutes ses forces sous le prince Charles et le maréchal ‘Traun : sur un nouvel appel de Marie-Thérèse à la diète hongroise, quarantequatre mille hommes, puis trente mille autres, avaient pris les armes : toutes les provinces magyares et slavonnes fondaient en soldats ; ces races étaient enivrées de guerre. En moins de trois mois, Frédéric prit et perdit la Bohème. Il avait forcé Prague à se rendre le 16 septembre; puis, au lieu de chasser l’ennemi au delà des montagnes qui, vers l’ouest, séparent la Bohème du Haut- Palatinat, il s'était porté au sud, à la prière du gouvernement français, pour se mettre en communication avec la Bavière. Cette faute permit au prince Charles de rentrer à volonté en Bohème :
1. Frédéric Il, Hist. de Mon Temps, t. IL p.98. — Lettres du maréchal de Saxe, t. I, p. 117-123.