‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 158 sur 327 · OS · texte numérisé non relu

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des nuées de hussards, de croates, de pandours, de talpaches (fantassins magyars), interceptèrent toutes les routes ; les paysans, soit fanatisme religieux inspiré par les jésuites, si puissants en Bohème, soit plutôt peur des vengeances autrichiennes ou colère des pillages prussiens, désertaient leurs villages, emportaient ou enterraient tout à l'approche des hérétiques. Le vide se faisait autour des Prussiens, qui ne tenaient que l’enceinte de leur camp; la Saxe, séduite par l’or anglais, se déclarait pour Marie-Thérèse, après deux ans et demi de neutralité; les Autrichiens, rendus prudents par le souvenir de Molwitz et de Czaslau, évitaient la bataille et affamaient les envahisseurs. Frédéric se vit réduit à abandonner sa conquête et à ramener en Silésie les restes délabrés de sa belle armée (fin novembre). Le gouvernement français, qui lui ava.t si mal rendu sa puissante diversion en faveur de l'Alsace, lui fit de belles promesses pour le printemps prochain : on devait réunir soixante mille hommes en Bavière et pousser vers le Hanovre un autre corps d'armée qui passait l'hiver dans les électorats du Rhin; Frédéric ne s’y fia qu’à demi et resta convaincu que les affaires de la France continueraient d’être aussi mal menées qu’au temps du cardinal de Fleuri.

En ce moment même, pourtant, le cabinet de Versailles faisait une précieuse acquisition, qui semblait annoncer à la politique française une meilleure destinée. Le roi avait fini par sentir le peu de raison qu’il y avait eu à supprimer le ministère des affaires étrangères, remplacé en fait, et fort mal remplacé, par une espèce de comité qui se tenait chez le cardinal de Tencin et où Noailles dominait‘. Le 18 novembre, au grand courroux de Noailles, Louis appela au secrétariat des affaires étrangères le marquis d’Argenson, frère aîné du ministre de la guerre et bien supérieur à son

1. Le marquis d’Argenson fait un piquant tableau de ce comité : « C'était la chose &u monde la plus terrible. On n’y aurait pas entendu Dieu tonner. Le maréchal (Noailles) s’y prenait aux crins avec tout ce qui lui disputait quelque chose. Il frappait des pieds, il faisait voler son chapeau dans la chambre. Il changeaït de principes à chaque séance. M. de Maurepas glapissait, riait de tout et donnait ses épigrammes pour des maximes d'état indubitables. Le cardinal Tenein recourait à Moréri à chaque notion des plus communes qu’il ignorait, ce qui revenait souvent. Pour le malheureux secrétaire d'état, s’il n’avait pas d'aussi bons poumons que ceux qui tenaient le dé,

et s’il manquait de leur effronterie, il restait à peine le greffier de leurs sottises. Hëm. p. 354.

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