AFFAIRES DE BAVIÈRE
frayer les puissances maritimes '. Marie-Thérèse se souciait fort peu des Pays-Bas, et, quant aux puissances maritimes, c’eût été bon si elles eussent cru à Louis XV assez de force et de résolution pour garder la Belgique lorsqu'il l'aurait prise! Le vrai motif, soit que Louis s’en rendit compte ou non, c'est que, s’il avait bien voulu se laisser persuader par madame de Châteauroux, puis par Richelieu, qu’il aimait la gloire et la guerre, il entendait que ce fût une guerre commode, faite à portée des frontières, une guerre de siéges, dont les artilleurs et les ingénieurs français, les premiers de l’Europe, rendaient le succès à peu près infaillible. D’Argenson put dès lors comprendre quels obstacles rencontrerait toute politique sérieuse et fondée sur des idées générales. L'Allemagne, qui eût dû être, cette année, le principal théâtre de la guerre, fut négligée, tandis qu’on se préparait à agir puissamment en Flandre pour satisfaire le roi, et assez vivement en Italie pour satisfaire la reine d’Espagne. Aussi la campagne s'ouvritelle au delà du Rhin par de nouveaux revers. Le feld-maréchal Seckendorf, espèce de condottiere sans foi ni loi, qui trahissait la cause franco-bavaroise, avait disséminé dans des quartiers trèsespacés les troupes qui avaient recouvré la Bavière dans l’automne de 1744 : dès le mois de mars, deux corps austro-hongrois franchirent , l’un le Danube, l’autre l’Inn, se jetèrent au milieu des cantonnements alliés et les dispersèrent comme des faucons dissiperaient des oiseaux de basse-cour. Les Bavarois, démoralisés par leurs chefs, se défendirent à peine : les auxiliaires hessois mirent bas les armes; les quelques milliers de Français engagés dans la Bavière se retirèrent en combattant vaillamment, accompagnés d’un petit corps de Palatins, et gagnèrent Donawerth et la Souabe : leur chef Ségur racheta ainsi sa malheureuse capitulation de Linz. Seckendorf, soutenu par le cri d’une population qui demandait à tout prix la fin de ses maux, imposa au jeune électeur un traité immédiat avec l'Autriche : l’électeur de Bavière, moyennant I restitution de ses domaines, renonça à toutes prétentions sur les états autrichiens, promit sa voix pour l'élection du grand-duc de Toscane et s’engagea à une-entière neutralité (22 avril). La France
1, Flassan, t, V, p. 242,
perdit ainsi l'alliance qui l'avait entraînée à cette malheureuse guerre et qui lui avait coûté des subsides énormes sans lui apporter aucun point d'appui solide. La nouvelle déroute de Bavière eut pour conséquence immédiate le refus définitif que fit Auguste III d'accepter la candidature à l’Empire : Auguste promit aussi sa voix au grand-duc de Toscane et conclut avec l’Autriche un traité pour la conquête et le partage d’une portion des états prussiens (18 mai). C'était plus facile à dire qu’à faire.
Les ennemis se préparèrent donc à pousser vigoureusement l'offensive contre la Prusse et à rejeter les Français hors de l’AIlemagne ; il y avait encore, dans les électorats du Rhin, un corps d'armée français qui contenait ou soutenait les princes de ces contrées et pesait sur la diète électorale de Francfort.
Cette année devait être féconde en péripéties. Entre la perte de la Bavière et l'attaque de la Silésie par les Austro-Saxons, le sort de la Flandre fut décidé par un grand choc.
Le maréchal de Saxe, qui s'était montré vraiment grand général en 1744, et qui, avec des forces très-inférieures, avait empêché l'ennemi d’assiéger Lille ou de tenter aucune autre entreprise, reçut le commandement en chef pour 1745, dans un moment où il semblait menacé d’une autre fin que la mort des héros. En proie à une hydropisie qui l’obligeait de subir des ponctions douloureuses, il succombait sous les excès qui avaient ruiné la prodigieuse vigueur de sa constitution : on doutait qu’il fût en état de se rendre à l’armée. Voltaire ne put un jour s'empêcher de lui demander comment il pourrait faire dans cet état de faiblesse. « Il ne s’agit pas de vivre, mais de partir! » répliqua le maréchal. Cest là un grand mot : chez certaines natures, la hauteur du courage ressemble à la vertu, à s’y méprendre : l'effet est le même et la différence n’est que dans le mobile.
Il partit, et, le 25 avril, soixante-dix ou soixante-quinze mille soldats investirent Tournai. L’ennemi était en mesure de tenir la campagne, mais avait au plus cinquante-cinq mille hommes : l’Au triche n’avait envoyé aucun renfort et laissait à l'Angleterre et à la Hollande le soin de défendre la Belgique : il n’y avait que huit mille sujets de Marie-Thérèse dans l’armée alliée; à la vérité, ja reine de Hongrie avait dépêché un général estimé, le vieux Kônig-
Hopawood se