MAURICE DE SAXE
segg , aider de ses conseils le duc de Cumberland, second fils de George If, et le prince de Waldeck, qui commandaient les Anglais et les Hollandais. Les alliés résolurent de secourir Tournai et parurent, le 9 mai, en vue de l’armée française. Le roi et le dauphin étaient arrivés, la veille, au camp. Le maréchal de Saxe p’avait pas cru devoir s’enfermer dans une circonvallation : il avait seulement, sur la rive gauche de l’Escaut, fait tirer une ligne de ce fleuve à La Marque et, sur la rive droite, par où devait venir l'ennemi, fait faire quelques ouvrages de terre et des abatis d’arbres aux points les plus importants. On laissa une vingtaine de mille hommes, soit devant Tournai pour contenir la garnison , soit aux ponts de l’Escaut pour assurer la retraite au besoin, et l'on déploya sur la rive droite une force à peu près égale à celle des alliés. L’aile droite s’appuyait au village d’Antoin et se cou vrait d’un ravin et de trois redoutes ébauchées à la hâte : le centre avait devant lui le village de Fontenoi, couvert par un second ravin qui s'étend jusqu’au bois de Barri. Derrière ce bois, défendu par deux redoutes, se développait l'aile gauche, vers Ramecroix, Rumignies et le mont de la Trinité. Une centaine de pièces de divers calibres étaient distribuées sur le front de l’armée : l'ennemi en avait à peu près autant. La position de l’armée francaise offrait une espèce d’équerre dont les deux extrémités touchaient l'Escaut : elle était difficile à attaquer; Kônigsegg était d'avis de harceler les Français et de ne pas s'engager à fond; le duc de Cumberland et ses Anglais ne voulurent entendre à aucun délai.
La canonnade commença dès cinq heures du matin, le 11 mai. Les alliés étaient formés en deux corps d'armée; les Eollandais et les Allemands à la solde hollandaise, sur la gauche; les Anglais, Hanovriens et Autrichiens, à la droite : les Hollandais attaquèrent Antoin par leur gauche, Fontenoi par leur droite; les Anglo- Allemands attaquèrent Fontenoi par leur gauche et cherchèrent à tourner, par leur droite, les redoutes du bois de Barri. Il jaillit d’Antoin, de Fontenoi et des redoutes qui reliaient ces deux villages, un tel feu d'artillerie et de mousqueterie, que les ennemis ne dépassèrent pas la ravine d’Antoin. On ne put jamais décider les Hollandais à aborder les bataillons qui leur faisaient face : ce
n’était plus là cette fameuse infanterie de Malplaquet. Il est vrai que le canon leur avait emporté des files entières. A l'autre bout du champ de bataille, le général qui commandait l'extrême droite des Anglais hésita également à s'engager dans le bois et contre les redoutes de Barri. La canonnade et la fusillade duraient depuis quatre ou cinq heures, au grand dommage des assaillants, et l’atfaque était manquée aux deux ailes. Kônigsegg, alors, retrouvant l'audace désespérée de ses guerres d'Italie, conseilla au duc de Cumberland de masser l'infanterie anglo-allemande et de charger en lignes serrées le centre de l’armée française , entre le bois de Barri et Fontenoi. L’infanterie anglaise, cette fois, passa intrépidement le ravin qui la séparait des Français et s’avança sous les feux croisés de Fontenoi et d’une des redoutes de Barri. La première ligne qu’elle rencontra était formée des gardes françaises et de quelque autre infanterie. On sait le singulier échange de courtoisie qui eut lieu entre les chefs des deux Corps. — « Mes- « sieurs des gardes françaises, tirez. — Messieurs les Anglais, nous ne tirons jamais les premiers !. » Il en coûta cher aux Français : la première décharge des ennemis, qui avaient douze canons entre leurs bataillons, emporta le premier rang; le reste de la ligne se débanda. Les gardes françaises, gâtées par l’indiscipline et la licence de Paris, avaient bien déchu depuis Steenkerque et Neerwinden. Le centre des Anglais continua d'avancer, tandis que leurs flancs, qui souffraient beaucoup des feux de Fontenoi et de Barri, se repliaient en arrière pour s'éloigner de ces feux. Ce mouvement, et l’arrivée de quelques nouvelles troupes, imprimèrent à la masse ennemie la forme d’un bataillon carré à trois faces pleines. La tête avait dépassé de quelques centaines de pas Fontenoi et la redoute de Barri : elle était au centre même de l’armée française, «et son feu, aussi violent, aussi juste et aussi soutenu que l’eût été celui des Prussiens mêmes, renversait tous les corps d'infanterie et de cavalerie qui venaient vaillamment, mais confusément, se jeter sur elle les uns après les autres.
1. On trouve, dans les Lettres:et Mémoires du maréchal de Saxe (t.V, p. 299), un mémoire trés-vigoureux contre la coutume de l'infanterie française d'essuyer le feu
de l'ennemi sans répondre et de charger à la baïonnette sans avoir tiré. Il montre
qu’on s'affaiblit à chaque décharge essuyée et qu’on arrive sur l'ennemi avec un front très-inférieur au sien,