‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 166 sur 327 · SUCCÈS D'ITALIE · texte numérisé non relu

SUCCÈS D'ITALIE

Emmanuel et le général autrichien Schulembourg, qui n’en avaient que cinquante mille, après avoir inutilement disputé le débouché des Apennins, prirent une bonne position défensive à Bassignano, dans l’angle que forme le confluent du Tanaro avec le Pô. Les Franco-Espagnols tâchèrent de les déloger par des diversions et s’étendirent sur leur droite. Maillebois prit Tortone : un gros corps espagnol alla occuper Plaisance et Parme, qui accueillirent avec joie les soldats d’Élisabeth Farnèse, puis se rabattit sur Pavie. L’ennemi ne bougeait pas : le corps espagnol marcha sur Milan, alors, enfin, les Autrichiens, près d’être coupés d'avec les Alpes tyroliennes, se séparèrent des Piémontais pour courir à Milan; les Espagnols se replièrent vivement, rejoignirent les Français, et toute la masse des alliés fondit sur le roi de Sardaigne, qui fut accablé et rejeté sur Casal (fin septembre). Alexandrie, Valenza, Casal, Asti, furent enlevés en quelques semaines , sauf la citadelle d'Alexandrie, que les Français bloquèrent. La flotte anglaise avait voulu faire une diversion en bombardant Savone, Finale, San-Remo et Gênes elle-même, mais sans autre résultat que d'attirer à l'Angleterre l’exécration des populations liguriennes. Le gouvernement de Louis XIV avait malheureusement donné plus d’un exemple de pareils actes, mais un historien (Sismondi) remarque avec raison que le gouvernement anglais a seul réduit en système ces violations du droit de la guerre, qui n’admet le bombardement que comme une Tressource extrême pour forcer une ville assiégée de se rendre : le droit de l'humanité, lui, ne saurait l’admettre que contre les citadelles, contre les places purement militaires.

Les Français avaient pris leurs quartiers d'hiver en Piémont : les Espagnols eussent dû en faire autant, pour attaquer Turin au printemps; le sort de la guerre devait se décider en Piémont. et non en Milanais; mais le général espagnol était forcé de suivre, au lieu des inspirations de son intelligence, les volontés extravagantes de sa reine : Élisabeth ne comprit qu'une chose, la prise de possession immédiate du Milanais au nom de son fils; le comte de Gages fut obligé d'aller faire son entrée à Milan (19 décembre), avec des troupes trop fatiguées pour attaquer immédiatement le château de cette ville et les autres places fortes où s’étaient retirés

les Autricuiens. S’étendre ainsi, c'était évidemment se compromettre pour la réouverture des opérations.

Les batailles de Flandre, d'Allemagne et de Lombardie n'avaient pas été les événements les plus mémorables de 1745, cette année si remplie : un épisode extraordinaire compliquait la lutte européenne, ébranlait le trône d’Angleterre et préparait de nouveaux succès aux Français dans la Belgique, en appelant outre-mer une partie des forces qui eussent pu défendre le reste des Pays-Bas Autrichiens. Le fils da prétendant, Charles - Édouart Stuart, était resté en France, fort négligé du gouvernement, depuis la descente manquée de mars 1744 : ce jeune homme, singulier mélange de défauts vulgaires et de qualités héroïques, s’embarqua intrépidement, avec quelques amis, des armes et des munitions, sur deux bâtiments fournis par un armateur de Nantes, et alla descendre en Écosse par les Hébrides (juillet 1745). Tout le monde sait comment, avec une poignée de cès montagnards écossais qui avaient conservé jusqu'au xvin° siècle la langue, les mœurs, le costume et les armes des Gaëls, nos premiers aïeux, il entra dans Édimbourg, défit un petit corps d'armée anglais et s’avança jusqu’à quarante lieues de Londres (septembre-décembre). On sait aussi quelle fut la singulière attitude du peuple anglais; personne ne rejoignant le prétendant et personne ne lui faisant obstacle; jacobites et tories, d’une part, whigs et hanovriens, de l’autre, semblant attendre passivement que quelques milliers d'Écossais à demi-sauvages et quelques milliers de soldats hollandais ou allemands décidassent du sort de la Grande-Bretagne; absence étonnante d'esprit militaire chez un peuple qui avait été autrefois si acharné à la guerre civile et qui se montrait encore si brave sous les drapeaux dans la guerre du continent! La stupeur causée par l'audace du jeune Stuart, l'absence de sympathie pour la race hanovrienne, si méprisable dans ses mœurs, si peu nationale dans ses sentiments, pouvaient expliquer cette inertie publique : l’Angleterre se fût sans doute réveillée au moment décisif. Quoi qu’il en soit, un secours de quelque importance, envoyé par la France

1. Campagnes du maréchal de Maillebois en 1745-46, t. II, Journal militaire. — Hém. de Noailles, p. 350. Noaïlles impute, avec peu de vraisemblance, à Maillebois d’avoir conseillé aux Espagnols d'aller à Milan.

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