‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 167 sur 327 · LES MONTAGNARDS ÉCOSSAIS · texte numérisé non relu

LES MONTAGNARDS ÉCOSSAIS

aux Écossais, aurait eu tout au moins pour résultat de rendre la utte longue et douteuse et de paralyser l’action de l'Angleterre au dehors; mais la supériorité des flottes anglaises rendait cet envoi extrêmement difficile, et Louis XV n’y mit pas un grand zèle, de peur de mécontenter les protestants d'Allemagne, et cela au moment où il perdait par sa faute le seul allié puissant qu’il eût parmi eux : sacrifier à la fois l'Allemagne et l'Écosse, c'était se couper les deux bras!

Au commencement de 1746, on fit mine d’expédier outre-mer le duc de Richelieu avec un corps d'armée; mais on se rebuta dès les premiers obstacles, et les montagnards écossais, refoulés dans leur pays par les forces anglo-allemandes revenues des Pays-Bas, furent écrasés à Culloden (27 avril 1746) par le vaincu de Fontenoi, Cumberland, sans que Richelieu eût essayé sérieusement de s’embarquer. L’orgueil anglais, si cruellement blessé, se vengea par des atrocités qui couvrent d’une honte éternelle le gouvernement et l’armée de la dynastie hanovrienne : les Gaëls barbares d'Écosse avaient fait la guerre en hommes civilisés; les Anglo- Allemands usèrent d’une victoire due au nombre en sauvages ivres de sang ; aux fureurs de cette réaction qui promena dans la Haute-Écosse le meurtre, le viol et l'incendie, succédèrent des mesures politiques qui détruisirent l'antique constitution sociale des tribus écossaises. C'était le seul coin du monde qui eût jusquelà gardé l’image presque complète de la Gaule primitive, le régime de la tribu ayant été brisé chez les autres populations restées fidèles à la langue et à une partie des coutumes celtiques, Bretons, Gallois et Irlandais. La petite Gaule écossaise, en périssant avec gloire, étonna, émut fortement l'imagination de la France et de l'Angleterre elle-même, et les traditions celtiques se réveillèrent avec éclat dans l’érudition et dans la poésie ‘, alors que disparaissait l'exemple vivant de ces traditions. Plus tard, elles devaient se mêler à la politique de la Révolution française

1. Les légendes d'Artus avaient révélé au moyen âge la poésie kimrique : le faux Ossian, remaniement apocryphe d’un cycle bardique très-réel, fit entrevoir au xvin® siecle une couche encore plus ancienne de traditions, la poésie gaélique. On se rappelle à quel point Ossian passionna les imaginations à l’époque révolutionnaire.

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