XV
et prendre un caractère de véritable renaissance, par opposition aux traditions romaines et germaniques.
Pendant que les nations chrétiennes s’entre-déchiraient de l’Oder aux Apennins et aux montagnes d'Écosse, la puissance qu’on était habituée à regarder comme l’ennemie commune de la chrétienté faisait une tentative très-remarquable pour y rétablir la paix. Le sultan Mahomet V, à l’instigation du pacha Bonneval, fit offrir sa médiation par le grand-vizir aux ministres des puissances chrétiennes à Constantinople ‘. Son intervention était religieuse autant que politique. Il proposait, si le grand pontife des chrétiens envoyait un de ses apôtres porter au congrès ses pacifiques exhortations, d’y envoyer pareillement un derviche désigné par le mufti. Cette étrange leçon de tolérance et d'humanité fut sans résultat : l’Autriche et l'Angleterre n’acceptèrent pas la médiation othomane. Bonneval , alors, poussa le sultan à offrir son alliance offensive à la maison de Bourbon. Noaiïlles fit rejeter son offre par un mémoire au roi où il allégua des raisons dignes du moyen âge. IL prétendit que l'alliance d’un roi très-chrétien avec l'ennemi du nom chrétien pour faire une guerre offensive aux chrétiens ternirait à jamais le nom du roi, soulèverait toute l’Europe contre lui, et que Dieu ne bénirait pas ses armes, langage et sentiments bien évidemment de convention chez un vieux courtisan de la Régence (fin 1745)! Le vrai motif, qu’il indique d’ailleurs, était la crainte d'attirer une déclaration de guerre de l'Empire et de la Russie (janvier 1746)?.
Le ministre des affaires étrangères, qui, plus véritablement religieux que Noailles, n’aurait pourtant pas eu la même horreur pour l'alliance des infidèles, cherchait, sur ces entrefaites, d’autres combinaisons diplomatiques afin d'empêcher que le nombre des ennemis de la France ne s’accrût, de donner une meilleure direction à la guerre et de préparer l'avenir par delà la lutte présente.
1. « N’est-il pas honteux », dit le vizir, « que vous autres chrétiens, qui voulez passer pour vrais croyants, ayez banni du milieu de vous tout esprit de paix, et que nous autres musulmans, que vous nommez infidèles, nous nous voyions obligés de vous inspirer des sentiments que vous devriez avoir ! » Le dommage que souffrait le commerce des Othomans fut un des motifs par lesquels il justifia l'intervention de son maître. V. Flassan, t, V, p. 252.