‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 170 sur 327 · PLANS DE D’ARGENSON · texte numérisé non relu

PLANS DE D’ARGENSON

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ministres et de l'Espagne. Malheureusement, le roi de Sardaigne n’était point un homme supérieur, il ne fut pas saisi autant qu’il eût dû l'être par cette grande conception, dont sa maison aurait eu le principal profit. Ses engagements avec l'Autriche et l’Angleterre ne furent pas ce qui le retint; mais il craignit que la France ne pesät point avec assez d'énergie et de persévérance sur l'Espagne pour la forcer à renoncer au Milanais : on doit d’ailleurs reconnaître que cette défiance n’était que trop motivée par la guerre de 1733. Il se rendit, cependant, quand on lui eut prouvé que Louis XV entrait pleinement, de sa personne, dans les vues de son ministre et avait écrit de sa propre main le plan du partage de l'Italie. Le 26 décembre 1745, des préliminaires secrets furent signés à Turin. Le roi de Sardaigne devait avoir le Milanais, moins Crémone, Tortone et Voghera, qui seraient ajoutés au duché de Parme, partage de l’infant don Philippe. Mantoue serait donné à la république de Venise : Gênes aurait Oneglia et les fiefs impériaux de Ligurie. A la paix, le grand-duché de Toscane devrait être transféré de l’empereur à son frère, le prince Charles de Lorraine, pourvu que ce prince renonçât à toutes prétentions bors de l'Italie. Il n’y avait qu'une seule objection à faire à ce pacte, c’est qu’il était choquant que, dans une organisation basée sur le principe de nationalité, une province française, la Savoie, demeurât annexée à un état italien; mais la politique de d’Argenson était un peu trop désintéressée : il disait, comme déjà autrefois Sulli : « La France est assez grande.» D’après les principes mêmes que d'Argenson appliquait à lItalie, on ne peut pourtant pas dire que la France soit assez grande jusqu’à ce qu’elle se soit complétée autant qu’elle le peut faire sans violer une autre nationalité. Dans les circonstances présentes, d’Argenson aurait eu toutefois d'assez bonnes excuses à donner.

Les préliminaires de Turin furent expédiés aussitôt à Madrid. Le roi de Sardaigne devait apposer sa signature au traité définitif, dès que le roi d'Espagne aurait signé. Les préliminaires fureni accueillis à la cour d’Espagne par une explosion de cris et d’injures, et par un refus net. D’Argenson maintint cependant Louis dans sa résolution; mais la conclusion de l'armistice entre la France et la Sardaigne traina par des difficultés de détail, au

grand chagrin de d’Argenson, qui sentait que chaque jour perdu pouvait être irréparable. Les Espagnols étaient supérieurs en forces aux Français en Italie, par suite de la manie de tout concentrer en Flandre, et l’on n’était pas en état de leur faire la loi > Cette considération arrêtait encore. L’armistice ne fut signé à Paris que le 17 février 1746, et le comte de Maillebois, fils du maréchal et gendre de d’Argenson, partit pour l'ambassade de lurin avec l'armistice dans sa poche. Retardé par la nécessité de recevoir les instructions du ministre de la guerre, puis arrêté par les neiges dans les Alpes, il n’arriva que le 3 mars à Rivoli, près de Turin. Sur ces entrefaites, la reine d'Espagne, comprenant enfin qu’elle allait tout perdre pour ne vouloir rien céder, lâchaïit son consentement avec une amère rancune. Il était trop tard. Marie-Thérèse, aussitôt après la paix avec le roi de Prusse , avait expédié trente mille hommes à marches forcées en Lombardie : le roi de Sardaigne, croyant l'Espagne inflexible, n’Osant se fier à la fermeté de Louis XV et voyant sa citadelle d'Alexandrie près de tomber par famine au pouvoir des Franco-Espagnols, avait cédé aux instances des Autrichiens et concerté avec eux la reprise des opérations : le 5 mars, les Piémontais investirent brusquement Asti, ville non fortifiée qu’occupaient neuf bataillons français ; ce corps, par la faiblesse de son chef, se rendit prisonnier le 8, au moment où le maréchal de Maillebois accourait au secours; ce revers amena l'évacuation d'Alexandrie le 10; le 19, les Espagnols abandonnèrent Milan pour n'y être pas enlevés par la nouvelle armée autrichienne descendue du Tyrol. Le grand dessein était manqué : Charles - Emmanuel avait brisé, de sa propre main et malgré lui, l'avenir de sa maison et de l'Italie. Quoique les Autrichiens pesassent maintenant sur le Piémont du poids de forces considérables, il n’eût peut-être pas été impossible de renouer l'affaire avec le roi de Sardaigne; mais Louis XV ne le voulait plus : humilié qu'un petit prince comme Charles -Emmanuel Jui eût fait subir l'échec d’Asti, il s'était laissé régaÿner par les fauteurs de la reine d’Espagne, auxquels s'était joint le vieux Noaïlles, jaloux de d’Ar. genson, et il aimait mieux désormais « écraser le roi de Sardaigne que de le supplier, » suivant ses propres paroles au ministre des affaires étrangères : il envoya Noailles comme ambassadewn

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extraordinaire à Madrid pour se raccommoder avec la cour d’'Espagne. La disgrâce de d’Argenson devint dès lors très -probablie *.

La guerre d'Italie ne fut plus qu’une série de fautes et de revers. On voulait la guerre à outrance et, pourtant, on ne renforça presque point les armées alliées, la française, parce que Louis XV entassa de nouveau tout ce qu’il avait de troupes en Belgique, lespagnole, parce que l'argent et les hommes manquaient à l’Espagne. Telles qu’elles étaient, les armées alliées eussent pu encore se défendre : le comte de Gages, qui commandait les Espagnols, était un très-bon général : le maréchal de Maillebois n’était pas sans mérite; libres de leurs mouvements, ces deux chefs se fussent concentrés sur Pavie, Valenza et Tortone, avec leterritoire de Gênes à dos; mais la reine d'Espagne entendait que l’on défendit à tout prix son héritage, le duché de Parme. Le commandant du corps qui occupait le Parmesan, pour faire sa cour à la reine, désobéit au comte de Gages et refusa d’évacuer Parme; l'infant don Philippe ne soutint pas le général en chef, et la plus déplorable confusion se mit parmi les Espagnols. L'armée autrichienneles força d’abandonner Parme; au lieu de se replier sur les Français, qui disputaient aux Piémontais les confins du Montferrat et de la Ligurie, ils s’arrêtèrent à Plaisance, y furent en quelque sorte bloqués par les Autrichiens et y appelèrent les Français. Maillebois dut obéir à l'infant, généralissime des armées combinées, et abandonner ses communications pour courir à Plaisance. Les Piémontais suivirent les Français. Les Franco -Espagnols attaquèrent précipitamment les Autrichiens, pendant la nuït, afin de prévenir l’arrivée des Piémontais. L'attaque, mal dirigée sur un terrain que les Espagnols n'avaient pas pris la peine de reconnaître, fut repoussée après un grand carnage de part et d’autre (16 juin). L'armée combinée, resserrée entre les deux armées ennemies qui l’affamaient, leur échappa en franchissant le PÔ et en allant vivre aux dépens du Milanais (fin juin); puis, ayant attiré les Piémontais et une partie des Autrichiens au nord du P6, elle repassa ce fleuve près de Plaisance, s'ouvrit le passage par une victoire sur le corps d'armée autrichien demeuré à la droite du Pô (10 août), et se

1. D’Argenson, p. 366 et suivantes: — Noailles, p. 362. — Flassan, t. V, p.315.

replia sur Tortone pour se rapprocher du territoire génois. Le fruit de cette belle manœuvre, due au comte de Maillebois, fils du maréchal, fut enlevé aux généraux alliés par un événement politique qui venait de modifier la situation de l'Espagne. Philippe V était mort le 9 juillet, et son successeur, Ferdinand VI, second fils de sa première femme, était étranger aux passions et aux intérêts de sa veuve : Ferdinand montra un égoïsme aussi brutal que sa belle-mère dans un sens opposé; il se hâta d’expédier à l’armée espagnole un nouveau général avec ordre de la ramener sur-le-champ à Nice, sans aucun souci de ce que deviendraienti les Génois, objet de tant de ressentiment pour le concours qu'ils avaient prêté à la France et à l'Espagne. Maillebois eût dû se jeter dans Gênes, pour préserver la France de partager la honte des Espagnols; mais il crut devoir suivre don Philippe, contraint luimême d'obéir au roi son frère. L'armée combinée se retira précipitamment le long de la côte ligurienne, suivie et harcelce par les Piémontais, et ne se maintint même pas dans le comté de Nice : elle repassa le Var le 17 septembre. Dès le 6, Gênes, terrifiée par l'abandon de ses alliés, pressée entre l'armée autrichienne et la flotte anglaise, avait ouvert ses portes aux Autrichiens . Tandis qu’on perdait l'Italie et l'Écosse, l’armée des Pays-Bas, où l'on avait accumulé les moyens d'action les plus formidables, remportait des succès éclatants et faciles. Le maréchal de Saxe, à peu près rétabli de sa maladie, avait brusquement investi Bruxelles au milieu de l’hiver, et cette capitale des Pays-Bas Autrichiens avait dû capituler au bout de trois semaines; un Corps d'armée hollandais de douze mille hommes y avait été fait prisonnier de guerre (28 janvier-21 février). Au commencement de mai, le roi vint se mettre à la tête de quatre-vingt-dix mille combattants : l’armée ennemie, qui s'était réunie sur le Demer, était absolument hors d’état de disputer la Campagne, malgré les renforts que Marie-Thérèse s’était enfin décidée à dépêcher en Belgique; la présence du roi ne fut pas seulement inutile, mais nuisible ; les embarras d’une armée de cour em pêchèrent Maurice de Saxe de pousser l’ennemi aussi vivement qu'il l’eût fait et de le cul.

1. Campagnes de Maillebois, t. Il. — Lettres du maréchat de Saxe, t. I]

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