‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 171 sur 327 · BELGIQUE CONQUISE. RAUCOUX · texte numérisé non relu

BELGIQUE CONQUISE. RAUCOUX

buter dans les bouches de l’Escaut ‘. L’ennemi eut le temps de se retirer sous Breda et l'armée française se rejeta sur Anvers : la ville ne fut pas défendue; la citadelle se rendit le 30 mai. Les Hollandais furent très-effrayés de voir les Français maîtres de frapper leur commerce par la réouverture de l’Escaut, et si, dans ce moment, la diplomatie eût été bien conduite, on les eût amenés à tout faire pour imposer la paix à leurs alliés : ils offraient de faire céder la Toscane à l’infant don Philippe en échange de ses prétentions sur Parme et sur le Milanais. L'influence de d’Argenson était déjà paralysée par celle de Noaïlles et de la cour d'Espagne : on n'avait pas encore essuyé les grands revers d'Italie ; le roi rejeta ces propositions et chargea ses généraux d’achever la conquête de la Belgique.

Le maréchal de Saxe contint le prince Charles de Lorraine, qui commandait les ennemis, grossis des troupes anglo-allemandes revenues d'Écosse et de nouveaux corps austro-hongrois, et le prince de Conti, avec une partie de l’armée française, prit Mons le 10 juillet, Huile 21, Charleroi le 2 août. Le maréchal de Saxe poussa ensuite les ennemis de Namur sur Liége et fit assiéger derrière lui Namur et ses châteaux, qui se rendirent du 19 au 30 septembre. On fit quinze ou seize mille prisonniers dans ces diverses places. Namur pris, le maréchal de Saxe réunit toutes les forces françaises et assaillit le prince Charles sur les plateaux de la rive gauche de la Meuse, entre Liége et Viset. Raucoux et trois autres villages qui couvraient le front des ennemis furent enlevés de vive force après une lutte meurtrière; les Bavarois, dont le souverain avait si mal reconnu les bienfaits de la France, y furent hachés par les Français, et le prince Charles fut rejeté en désordre sur ses ponts de la Meuse. La nuit empêcha cette défaite de devenir une entière déroute. Les ennemis avaient perdu sept à huit mille hommes et cinquante canons; les Français trois ou quatre mille hommes. La bataille de Raucoux n'eut d'autre résultat que d'empêcher les ennemis d’hiverner dans le pays de Liége et n’est digre de mémoire que par les grandes forces qui y furent déployées (les Français avaient plus de cent

1. V. ce qu’en dit le maréchal de Saxe au chevalier de Kolard. Lettres du mardchal de Saxe, t 11, p. 190,

mille hommes, les alliés quatre-vingt mille), et par l’usage habile que le maréchal de Saxe y fit de l'artillerie, chacune des colonnes d'attaque ayant été pourvue d’une forte batterie qui avançait avec elle. Vainqueurs et vaincus se mirent en quartiers d'hiver. Tout le pays entre la Meuse et la mer était au pouvoir des Français : de tous les Pays-Bas, il ne restait plus à l'Autriche que le Luxembourg et le Limbourg. Quel beau texte pour la cour et pour la gazette! Louis le Bien-Aimé avait accompli des conquêtes refusées à Louis le Grand! Sous Richelieu et sous Louis XIV, il est vrai, les conquêtes étaient sérieuses : chaque ville prise était un pas de plus vers les frontières naturelles, une page nouvelle du livre des destinées nationales. Aujourd’hui, ce n’était plus que guerre de parade, triomphes de théâtre, sang versé sans autre but que de conquérir, avec la paix, la fumée d’une vaine gloire.

Il y avait, d’ailleurs, quelque chose de peu flatteur pour l’orgueil national à devoir ces succès à un étranger. Encore cet étranger, ce bâtard de Saxe, avait-il pour principal lieutenant un autre étranger, un bâtard de Danemark, le comte de Lowendahl, homme supérieur, qui s'était formé en commandant les armées russes sous le maréchal Münich. Il ne se formait plus chez nous de généraux. La cause générale était l'extinction des fortes études et des fortes pensées parmi la haute noblesse : nous avons indiqué ailleurs la cause spéciale dans l’organisation de l’armée ‘.

Les Français étaient maîtres de Ja Belgique; mais la France était envahie sur deux points, par la Bretagne, puis par la Provence. À la fin de septembre, une escadre anglaise était venue débarquer dans la baie de Poulduc six mille soldats, qui marchèrent sur Lorient, afin de détruire les établissements et d'enlever les magasins de la Compagnie des Indes. La place n’était qu’à demi - fortifiée et n’était guère défendue que par des milices ramassées à la hâte : le commandant capitula ; par bonheur, au moment où il allait livrer la place, les Anglais s’imaginèrent qu'il leur dressait un piége et qu’il s’apprêtait à fondre sur eux avec des forces supérieures; saisis d’une terreur panique, ils se rem-

4. D'après Saint-Simon, que Mirabeuu confirme énergiquement. V. Xém. de Mirabeau, t. I, liv. l; et Correspondance äe Saint-Simon.

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