‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 172 sur 327 · BRETAGNE ET PROVENCE · texte numérisé non relu

BRETAGNE ET PROVENCE

barquèrent et ne remportèrent que du ridicule de leur expédition (7-8 octobre).

L'attaque contre la Provence semblait plus redoutable. C’étaient encore les Anglais qui l’avaient décidée; car les Autrichiens, une fois maîtres de Gênes, eussent bien mieux aimé aller conquérir Naples. La position était critique : les Napolitains s'étaient rembarqués pour leur pays; la majeure partie des Espagnols s'étaient portés par le Dauphiné en Savoie, dernière possession qui restât à don Philippe; l’armée française, fondue par les combats, les maladies et la désertion, ne comptait plus qu’une douzaine de mille hommes, outre quelques milices provençales, et le roi de Sardaigne s’avançait avec quarante mille Austro-Piémontais, soutenus par la flotte anglaise. On ne fut pas en état de disputer le passage du Var (fin novembre) : le maréchal de Belle-Isle, qui reparaissait enfin sur le théâtre de cette guerre ouverte par lui et que le cabinet avait donné pour successeur à Maillebois, crut devoir se replier jusqu’au Puget, à quatre lieues de Toulon. La moitié de la Provence fut livrée aux fureurs des Croates et des pandours.

Un grand événement empêcha l’ennemi de mettre à profit le temps qui s’écoula avant l’arrivée des renforts expédiés de l’armée de Flandre. Les conquérants de Gênes avaient cruellement abusé de leur facile succès : « les Autrichiens, » dit d’Argenson, « excellent en cette lâche et utile qualité de poursuivre à outrance leurs ennemis vaincus. » Cette qualité n’est pas toujours utile : les Autrichiens en firent l’expérience. Marie-Thérèse avait traité les Génois comme le souverain le plus rigoureux traiterait à peine des sujets rebelles ! : elle exigeait d’eux des contributions écrasantes, qui n’épargnaient pas à la population conquise les exactions ni les insultes d’une soldatesque effrénée : le commandant autri-

1. « L'impératrice-reine », dit un historien, « était sans pitié : aucun souverain peut-être n’a répandu à un plus haut point la désolation, n’a traité les peuples conquis, ou même les peuples neutres, envahis par ses armées, avec plus de barbarie ou n’a opposé une plus froide indifférence à leurs lamentations ou à leur$ prières » Sismondi, Hist. des Français, t. XXVIII, p. 411. Marie-Thérèse, en effet, avait des qualités de famiile et des affections fortes pour ce qui l’entourait; mais sa dévotion étroite et dure n’était associée à presque aucun sentiment d'humanité eb ne retenait en rien sa passion favorite, la vengeance,

chien Botta-Adorno, fils d’un transfuge génois, menaçait, à la moindre résistance, de faire brûler la ville et massacrer les habitants : les Anglais, cependant, continuaient d’intercepter et de piller les navires génois, bien que Gênes se fût soumise et qu’il n'y eût plus de guerre. L’énergique peuple de Gênes perdit patience. Le 5 décembre, comme les Autrichiens enlevaient la grosse artillerie de la ville, qu’ils destinaient au siége de Toulon, quelques soldats voulurent forcer, à coups de bâton, les passants à s’alteler à un mortier : une grêle de pierres les mit en fuite : ce fut le signal de la révolte. Pendant cinq jours, ce brave peuple, sans guides, sans chefs, car les riches et les nobles restaient enfermés dans leurs palais, combattit avec acharnement dans le dédale des rues, sur les salite escarpées, autour des portes de Gênes. Le 10 décembre, Botta s'enfuit avec sa garnison, diminuée de cinq mille hommes, et repassa les Apennins. Les détachements autrichiens épars sur la côte ligurienne furent cernés et pris par les montagnards soulevés.

Gênes, en s’affranchissant , avait délivré la Provence. Les Austro-Piémontais et les Anglais, privés d'artillerie de siége, troublés par ce qui se passait derrière eux, n’osèrent avancer sur Toulon et ne purent pas même prendre Antibes. Le 21 janvier 1747, le maréchal de Belle-Isle, puissamment renforcé et devenu égal aux ennemis, reprit l’offensive sur tous les points : les Austro-Piémontais ne soutinrent pas le choc et se hâtèrent de repasser le Var (2 février). Leur expédition avait échoué, comme toutes les attaques dirigées contre la France par le sudest; mais, cette fois, une diversion étrangère y avait grandement contribué. On ne fut pas du moins ingrat envers Gênes : le honteux abandon où l’on avait laissé cette courageuse alliée fut réparé : de février à mai, en dépit des croisières anglaises, on fit passer à Gênes des ingénieurs, de l'argent, des troupes, un général, qui aidèrent les Génois à se soutenir contre les Austro - Picmontais jusqu'à ce que l’armée française fût en mesure de rentrer en Italie.

La nouvelle de la délivrance de Gênes fut la Geraière joie que reçut, avant de quitter le pouvoir, le ministre qui avait rêvé l’indépendance de l'Italie. D'Argenson venait d'obtenir une victoire

Page 1