Forbonnais, t. II, p
2. I ne produisait alors qu'environ 15 millions; on était bien obligé de modérer
cet impôt, qui venait après tant d'autres,
717) ESSAIS DE RÉFORML. 27 receveurs-généraux causaient dans le mouvement et dans la circulation de l'argent; » c’étaient des loteries, des créations de rentes viagères au denier 16, des aliénations de ce qu’on nommait les petits domaines, le tout offert comme placement aux détenteurs des billets, et enfin l'établissement de compagnies de commerce, dont les actions seraient acquises en billets. Ces compagnies n'étaient pas l’œuvre de Noailles et se rattachaient à un système rival, qui grandissait chaque jour. Ge qui était bien à Noaiïlles et à ses conseillers, ce fut la tentative de substituer la taille proportionnelle à la taille arbitraire : il avait fait faire des travaux préparatoires dans la généralité de Paris. L'abbé de Saint- Pierre et le comte de Boulainvilliers avaient présenté de remarquables mémoires sur cet objet'. Un premier essai fut tenté à Lisieux par arrêt du conseil du 27 décembre 1717. Les maire et échevins furent chargés d'apprécier les revenus fonciers et industriels des particuliers et des corporations. Les habitants accueillirent cette innovation par des feux de joie. Toutes les villes voisines réclamèrent la même faveur. Il n’en fut pas de même dans les campagnes, où l’on fit un très-mauvais règlement qui joignait à une taille foncière des taxes compliquées sur le bétail et sur les autres produits de l’industrie du fermier, et qui aflermait ces tailles et ces taxes. On eût pu facilement réparer le mal et poursuivre l’entreprise : on trouva plus commode d’y renoncer et de rentrer dans la routine *.
La responsabilité n’en est point imputable à Noailles. II n’était plus aux affaires quand cette réforme avorta. Ses desseins n’eussent pu avoir chance d'aboutir qu’à force de patience, de fermeté, d'ordre et de persévérance, qualités dont le chef du gouvernement était absolument dépourvu, et que lui-même était très-loin de posséder à un degré suffisant. Il demandait quinze ans d'excessive économie à un pouvoir au jour le jour, à un régent mobile et
1. Projet de taille proportionnelle, par l'abbé de Saint-Pierre; 1717. — Hfém. de Boulainvilliers ; 1727. — Saint-Simon, t. XV, p. 373;t. XVII, p. 399. °
2, On voulut essayer aussi, un peu après, la Dime royale de Vauban. L'illustre ingénieur Petit-Renau, qui consacrait ses dernières années, comme avait fait Vauban, à des recherches de bien public, se chargea de diriger les essais, à ses frais, dans quelques élections. Tout cela n’eut point de suites sous un gouvernement incapabla de persévérance dans le bien,
prodigue et à un roi enfant! Un autre, cependant, promettait de faire jaillir des richesses inconnues du sein même de la ruine, de changer en un instrument d’activité et de prospérité cette lourde masse de papiers décriés qui obstruaient la circulation, de libérer le roi tout en décuplant la puissance commerciale du pays : il ne demandait pour tant de merveilles aucun sacrifice; rien que de se confier hardiment à son génie, déjà éprouvé par un premier succès depuis deux ans. Après une année entière de combats, le régent se décida : Noaïlles, sentant le gouvernail échapper de ses mains, abdiqua la présidence du conseil des finances ; d’Aguesseau, son ami, qui avait été élevé à la dignité de chancelier à la mort de Voisin, en février 1717, fut dépouillé des sceaux et relégué à sa terre de Fresnes, dans la crainte qu’il ne favorisât l'opposition prévue du parlement contre les nouveautés qui se préparaient. Les sceaux et la présidence du conseil des finances furent réunis entre les mains du lieutenant de police d’Argenson, homme habile, actif, intrépide, étranger aux préjugés et aux opinions de la robe, essentiellement propre aux coups d'état'; d’Argenson ne devait être que le bras:la tête, c'était Joux Law, qui, exclu des fonctions publiques, moins comme étranger que comme protestant, devait tout conduire sans titre et sans rang. Ainsi fut inauguré le sysrème (fin janvier 1718). Noailles, après toutes ses banqueroutes partielles, laissait encore la dette consolidée annuelle à 73 millions, au capital de 1,825 millions, sans compter les 343 millions de dette flottante portant 13 millions d'intérêts. Son projet de dépense pour 1718, la dette à part, était réduit à 65 millions! C'était un adieu désespéré qui ressemblait à un sarcasme. On n’en tint compte, et gouvernement et public, absorbés par des espérances illimitées, eurent promptement oublié cette administration qui avait toujours bien parlé, tantôt bien, tantôt mal agi, remué beaucoup
de choses et laissé nombre de beaux préambules et quelques réformes utiles.
1. D'Argenson avait été l'organisateur de cette haute police politique, qui enveloppa la France d’un filet invisible : son prédécesseur La Reinie n’avait créé que la police civile. D’Argenson éleva sa lieutenance générale à l'importance d’un ministère. La police devint le grand rouage de la monarchie dégénérée.