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SALONS. CAFÉS

respectable madame de Lambert! à côté de l’intrigante, de la. prostituée Tencin, héritière indigne de cette Ninon, qui, du moins, avait droit de se vanter d’être un honnête homme; les plus illustres écrivains se lient sans scrupule avec cette femme qui orne ses vices de tuutes les grâces de l’esprit. Quant à la maligne du Deffant, ancienne &mie de madame de Prie, et à l’aimable Geoffrin, leurs salons doivent croître singulièrement en importance et devenir, non plus seulement des bureaux d’esprit, mais des foyers d'idées.

Les cafés, nouveauté introduite d'Orient sous Louis XIV, rivalisent presque d’influence avec les salons. De toutes les importations de ce genre qui, depuis le xvi* siècle, ont modifié l’alimentation européenne, la liqueur arabe, qui éclaircit et anime l'esprit au lieu de le troubler, s'était trouvée la plus appropriée au goût et au tempérament français : dès la Régence, les cafés disputaient le terrain aux cabarets, si chers à cette époque avinée : il y en avait trois cents dans Paris. Depuis, ils ont pris une entière prépondérance, au moins dans les classes supérieures et moyennes : Les excès du vin tendent à n’être plus que le défaut des classes tout à fait incultes. L'usage du café peut compter parmi les causes de la profonde modification qui commence à s’opérer dans la constitution physique des classes aisées et lettrées : le développement excessif du système nerveux, qui s’annonce chez les femmes par la fréquence des vapeurs, chez les hommes par l’affaiblissement musculaire, tient surtout, cependant, à des causes morales, à l'excitation fébrile de l’oisiveté agitée où l’on vit, à l’absence de consistance et de but sérieux, de tonique, pour ainsi dire, dans l'éducation et dans les habitudes.

C’est le plus souvent à la sortie du théâtre qu’ont lieu, dans les cafés, entre les beaux esprits, ces joutes à armes bien affilées, mais pas toujours courtoises, que doivent célébrer un jour les mémoires et les recueils d’anecdotes. Le théâtre a pris, dans la

1. Auteur d'ouvrages moraux aussi recommandables par le fond, que distingués par le style : Avis d'une mère à son fils; — Avis d'une mère à sa fille; — Traité de l'amitié, ete. — Ses Réflexions sur les femmes, surtout, sont un chef-d'œuvre de délicatesse et d’élévation morale; nous y reviendrons, Elle eût dû être la mère de Vauvenargues! Elle mourut très-âgée, en 1733.

332 LES PHILOSOPHES. [1515-1750] vie sociale, une importance qu’il ne faut pas juger d’après la valeur des œuvres dramatiques contemporaines. Tout en produisant beaucoup de nouveautés plus ou moins heureuses, on vit sur le passé, sur les créations du siècle de Louis XIV, plus généralement appréciées en France et en Europe qu’au temps même de leur apparition : il n’y a que la postérité qui puisse faire le classement définitif des chefs-d'œuvre. Seulement, la manière de rendre ces chefs-d'œuvre subit une transformation dictée par l'esprit de l’époque. L'idéal poétique s’évanouissant, tandis que le sentiment de la vie réelle devient plus actif et plus intense, la mélopée, moins accentuée que chez les anciens, mais assez marquée encore pour imposer à la tragédie une sorte de convention lyrique, est supprimée par des acteurs célèbres (Baron, dans ses dernières années, et mademoiselle Lecouvreur) : on parle désormais les vers au lieu de les chanter. Cette substitution du ton naturel au ton lyrique coïncide avec la multiplication des théâtres de société et de collége, qui répandent partout le talent de la déclamation, l’aisance, la grâce et l'assurance des manières", pendant que de nombreuses sociétés littéraires propagent le goût de la littérature française, de Paris dans les provinces, des provinces à l'étranger, de toutes parts envahi.

Le temps semble plus propre à la comédie qu’à la tragédie : deux noms d’auteurs comiques doivent surnager de la Régence et des premières années de Fleuri : Destouches et Marivaux. Le premier, froidement raisonnable, abondant le plus souvent sans verve et sans gaieté, aurait laissé peu de traces s’il n’eût, une fois dans sa vie, touché à la haute comédie de caractère : le Glorieux (1732) appartient à l’histoire: c’est la suite du Bourgeois-Gentilhomme et de Turcaret; c’est la fameuse alliance de la noblesse et de la finance traduite sur la scène. Marivaux, écrivain bien plus original, est l'élève de Fontenelle et de cette petite cour de Sceaux, école d'affectation et de bel-esprit alambiqué, reste dégénéré du xvu® siècle, qui est comme une miniature de Versailles ou plutôt

1. « Narrer, réciter, déclamer bien, sont pour les Français des études sérieuses, ils ne s’expriment jamais d’une façon vulgaire, » Leltres de lord Chesterfield, CXCVII, CCXI, CCXXX VI. Les jésuites, que Chesterfleld admire beaucoup comme grands mai-

tres en l'art de plaire, avaient été les promoteurs des théâtres de collége. Ils allaient jusqu’à faire venir des danseurs de l'Opéra pour les ballets.

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