‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 192 sur 327 · Les Jeux de l'Amour et du Hasard sont de · texte numérisé non relu

Les Jeux de l'Amour et du Hasard sont de

contraste qu’il offre avec la physionomie générale de son temps : le vrai et le simple piquent comme une nouveauté cette génération blasée par les raffinements de l'esprit et des sens. Les grands romans de Prévost sont destinés à s’ensevelir un jour daas le fond des bibliothèques, comme tant de créations estimables que n’a pas touchées la flamme du génie; mais cette flamme s’est reposée un moment sur la tête du malheureux abbé, et il en est sorti un petit chef-d'œuvre : Manon Lescaut (1732). Quelque chose de plus étonnant encore, c’est un petit roman qui égale en sensibilité et surpasse par une douloureuse énergie l’auteur de la Princesse de Clèves : le Comte de Comminges est écrit par une femme, et cette femme est la Tencin, la sœur incestueuse, la mère dénaturée, la complice et la complaisante de tous les vices puissants ; la femme non pas seulement égarée par les passions, mais avilie par les plus honteux calculs ! Mystères étranges de l’âme humaine! L'idéal peut-il donc refléter sa lumière jusqu’au fond de tels abimes! ou faudrait-il admettre la tradition qui prétend ôter cette œuvre à la Tencin pour la donner à M. d’Argental ?

Les beaux-arts n'offrent pas moins de révélations que les lettres sur l'esprit d’un siècle : ils doivent avoir leur part dans la revue que nous poursuivons. Ainsi, l'altération de la sévérité du culte par l'introduction des instruments à corde, des airs profanes et des chanteurs et chanteuses de théâtre dans la musique d'église, est quelque chose de significatif. Le goût du chant était extrêmement répandu dans le premier tiers du xvmr siècle : le clavecin et la basse de viole avaient remplacé, comme instruments à la mode, le luth et le théorbe. L'école de Lulli, qui n’était que la vieille musique française modifiée avec goût et mesure par un Italien très-francisé, régnait avec les successeurs de Lulli, Colaud, Mouret, Destouches, Campra; la science harmonique était nulle en France ; mais la mélodie, si tendre, si naïve et si touchante chez nos vieux maîtres, conservait les qualités expressives et dramatiques qui sont le cachet français. Un artiste savant et fort, Rameau, donne, en 1722, par son Traité d'harmonie, le signal d'une révolution qu’il accomplit par ses ouvrages quinze ans plus

1. Marivaux à fait aussi des romans d’une touche forte et sérieuse, où l'on ne retrouve ni l’afféterie ni la subtilité galante de son théâtre,

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