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MUSIQUE. PETITES MAISONS

tard : il introduit en France la science italienne et, sans rompre tout à fait avec la tradition nationale! il affranchit la musique de l'obligation d'exprimer dans toutes ses modulations des sentiments déterminés et de suivre pas à pas la poésie.

Les arts plastiques ont, avec les mœurs de cette époque, des rapports beaucoup plus apparents que la musique. Ainsi, l’architecture n’élève plus de grands monuments, mais elle fait une révolution dans l'intérieur des habitations, multiplie les pièces en diminuant leurs dimensions, fait disparaître les fenêtres immenses, les vastes cheminées chargées de sculptures, prodigue les glaces et substitue partout l'agrément el la commodité à la grandeur : la volupté a détrôné l’orgueil; les monuments du temps, ce sont ces petites maisons, où les grands et les riches abritent leurs plaisirs dans les jardins des faubourgs de Paris?. Après un siècle écoulé, on aperçoit encore çà et là, enveloppées dans les tles de hautes maisons qu’habite le peuple des quartiers nouveaux, ou à demi cachés par quelques restes de feuillées, quelques-uns de ces petits temples de la Vénus moderne, avec les festons de pierre et les masques lascifs de satyres et de nymphes qui décorent leurs frontons et leurs frises, derniers vestiges d’une ère d’insouciance épicurienne, oubliés au milieu de ce monde nouveau, si orageux et si sombre *.

Dans l'architecture, la peinture, la sculpture, les ornements, les décorations, les ameublements, partout dominent la fantaisie, les formes capricieusement contournées, les grâces coquettes et frivoles. La beauté des lignes et des types était depuis lontemps perdue : la grande ordonnance disparaît à son tour de la peinture avec François Lemoine (mort en 1737), le peintre du plafond du

1. V. dans les Mém. du marquis d’Argenson (p. 410), la défense passionnée de la vieille musique française contre Ja musique italienne, qui n’est, aux yeux des champions de l’ancienne école, qu'un capricieux bariolage. — V. aussi Lémontei, Hist. de Ja Régence, t. LE, p. 366. — Voltaire, Le Temple du Goût. Il y a des observations d’une exquise justesse.

2. Le seul monument vraiment considérable de cette période, à Paris, est l’église de Saint-Sulpice, édifice imposant par ses proportions et surtout par son portique, mais dont les diverses parties manquent de goût et de beauté. Le palais Bourbon est le premier édifice où l'on ait établi de nouvelles distributions. Il fut construit vers 1722 par la duchesse de Bourbon, mère de M. le Duc.

3. Les premières pelites maisons furent bâties vers la fin de Louis XIV, par le maréchal d'Huxelles et le duc de Noailles. — Lémontei, t. II, p. 515.

Salon d'Hercule, à Versailles. Lemoine avait su encore disposer une immense composition, mais non plus l’exécuter : mou, incorrect, affecté, sans élévation, il a consommé la décadence de la grande peinture. La sculpture, de son côté, élégante, animée, mais maniérée, avec Coustou, est sortie, avec Lepautre (mort très-vieux en 1744), des conditions qui lui sont propres et a pris un caractère théâtral, compliqué, confus : elle ne sait plus dégager, avec une large simplicité, les lignes essentielles d’un groupe; elle se tourmente à exprimer de minutieux détails que doit négliger le ciseau ‘. Bouchardon, le successeur de Lepautre ?, avec un style moins chargé, n’a pas assez de force ni de pureté pour relever l’art : Pigalle n’y réussira pas mieux. Dans la statuaire de second ordre, il reste, comme dans la peinture, l’habileté de main, la finesse, la vivacité : l'esprit, qualité essentielle du temps, doit se retrouver dans les arts. Tandis que l’école de Lebrun dégénére et s'éteint avec les Coypel, les de Froy, les Lemoine, il apparaît une espèce de renaissance flamande, raffinée et coquette, appropriée aux boudoirs du xvin siècle. La ligne perdue, la couleur au moins revient caresser le regard d’une époque sensuelle. La Régence a eu un peintre charmant, qui a porté, dans une nature et dans un monde de pure convention, espèce de mascarade perpétuelle, une verve si étincelante qu'elle ressemble à la vérité et un coloris merveilleux comme celui des anciens maîtres flamands : Watteau brille peu de temps avec ses bergères de l’opéra et de la comédie italienne. D’autres Flamands italianisés, les Vanloo, tiennent assez longtemps le sceptre de la peinture. Carle Vanloo, si brillant, si facile et si relâché, reste le type de cette école; mais la peinture de fantaisie baisse à son tour comme la grande peinture : l'esprit animait les fantaisies de Watteau et de Vanloo : l'esprit disparaît chez Boucher, le peintre favori de Louis XV, et ne laisse plus subsister que la mollesse affadie et la licence vulgaire, comme la lie d’une liqueur évaporée. Boucher sera digne d’être le Raphaël du Parc-aux-Cerfs ! Tout sentiment du beau et de l'idéal est tellement perdu, qu’on associe ces deux

1. Voir, dans le Jardin des Tuileries, Pœtus et Arie, Énée et Anchise. 2. Statues de l’église Saint-Sulpice ; — Fontaine de la rue de Grenelle; 1739. Douchardon est mort en 1762.

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