PEINTURE. SCULPTURE. COSTUME
noms, Raphaël et Boucher, sans croire blasphémer et comme si l’un était le légitime successeur de l’autre".
Une branche de la peinture continue à fleurir parmi les ruines de l’idéalité et de l'imagination : le portrait, C’est là que se sonf réfugiés l'esprit et la vie. L’art du portrait se personnifie dans c« Delatour dont le crayon lègue à la postérité les images, rayornantes d'intelligence, des hommes célèbres du xvm siècle.
Les variations du costume sont intéressantes à suivre dans les monuments que nous en laisse l’art du dessin. Sur la fin de Louis XIV, le costume était vieux, lourd, bigot, exagéré, hors de toute proportion : la Régence abat les immenses perruques des hommes et les hautes coiffures qui semblaient mettre le visage des femmes au milieu de leur corps. L’habit des hommes devient plus riche et moins ample : les deux sexes adoptent l'usage de se couvrir la tête d’une poudre blanche qui adoucit les traits et le regard, supprime en quelque sorte la différence des âges et compose, avec les mouches des femmes et la disparition de tout le reste de barbe chez les hommes, des physionomies tout artificielles. Les femmes portent les cheveux courts et gracieusement bouclés, mais leur corps n’est pas délivré comme leur tête * : les absurdes paniers, arrivés d'Angleterre et d'Allemagne, remplacent les lourdes jupes gonflées et plissées à contre-poids de plomb (vers 1718). Le corps de baleine, fléau de plusieurs générations, étrangle plus que jamais leur taille, gène leur respiration et écrase leur poitrine, usage qui eût semblé aux Grecs une impie extravagance de barbares, étrangers à tout sentiment de l'harmonie et des belles proportions®. Les femmes à la mode, au lieu de briser franchement cette contrainte, subissent le grand habit dans les heures d’étiquette et s’en débarrassent, dans leur vie habituelle, au profit d’un négligé si hardi et si léger qu’il rap-
1. V. Mém. de d'Argenson, p. 420. Et d’Argenson est personnellement l’homme le plus éloigné des vices du temps; mais, en fait d'art, on avait des yeux pour ne point voir! Voltaire n’est guère plus éclairé à cet égard par son goût littéraire et par la prodigieuse sagacité de son esprit que d’Argenson par la droiture de son cœur.
2. Cette délivrance ne fut pas durable : dans la seconde moitié du règne de Louis XV, la tête des femmes ploya de nouveau sous un échafaudage encore plus monstrueux qu’au temps de madame de Maintenon.
3. La mode des paniers amena la formation d’une nouvelle compagnie pour la pêche de la baleine. — V. Lémontei, t. IT, p. 332.
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pelle les voiles transparents, le vent tissu des dames romaines de l'empire *. Le négligé fantasque et voluptueux de la Parabère et de la Pompadour est la véritable antithèse de l’habit roide et sombre de madame de Maintenon. Il n’y a guère moins de différence entre les ruelles du xvne siècle et ces boudoirs parfumés ? où les belles dames du xvim® reçoivent, pendant leur toilette, gens de qualités, beaux esprits, abbés mondains *.
Partout des influences à la fois excitantes et amollissantes agissent sur le corps et sur l’âme, et se combinent avec l'extrême facilité des relations pour transformer l’état moral de la société. Nous avons parlé des principaux lieux où l’on peut saisir la société rassemblée, salons, cafés, théâtres; là, c’est l'esprit qui domine ; mais il est un autre lieu de réunion qui exerce peut-être une action plus considérable sur les mœurs. C’est le bal masqué public, innovation de la Régence (1716), qui devient une véritable institution sociale, ou pour mieux dire, antisociale, et qui est pour la France du xvur siècle ce qu'ont été les mystères voluptueux des cultes d'Asie pour la société romaine? Un tourbillon d’intrigues galantes emporte tout : la séparation des maris et des femmes se consomme dans ses réunions où ils ne peuvent paraître ensemble sans trahir l’incognito qui en fait l'attrait; le ridicule ne frappe plus le mari trompé, mais le mari jaloux; le jaloux devient l'ennemi public. Une morale nouvelle se formule : on se
1. Le négligé eut des conséquences commerciales funestes. Il nécessita la création d’étoffes légères que n'avaient pas prévues nos vieux règlements industriels : on ne sut pas faire plier les règlements aux nécessités nouvelles, et l'Angleterre et la Hollande, plus habiles, nous approvisionnèrent par la contrebande.
2. Les odeurs, que l’antipathie de Louis XIV avait proscrites et dont le xvrrre siécle reprit l’usage avec passion, durent contribuer, autant que le café, à surexciter les nerfs. L’habitude croissante du tabac, en irritant la membrane muqueuse, eut aussi son influence sur les tempéraments. Ce goût bizarre, emprunté aux sauvages et raillé par Voltaire, contraste fort avec la propreté recherchée et la délicate sensualité du siècle qui le propagea.
3. Un usage bien plus indécent que les réceptions à la toilette, était l'emploi de vaiets de chambre mâles pour les femmes. L'affaiblissement du sentiment de la pu: deur chez les femmes du monde se remarquait par toutes sortes de modifications dans les habitudes, — La substitution générale des accoucheurs aux sages-femmes, teile-
ment passée dans les mœurs que personne ne s’en choque plus, date de cette époque. V. Lémontei, t. Il, ch. xxx.
4. Ce fut le chevalier de Bouillon qui donna l'idée de convertir les theâtres en salles de bals masqués, au moyen d’un plancher mobile. Il eut 6,000 livres de pension pour cette invention,