SYSTÈME DE LAW
départ d’une grande école économique et sociale, de cette école unitaire, dont les sectateurs les plus exclusifs, poussant leur pensée logiquement aux dernières conséquences, aboutissent à l'absorption de l'individu par la société et à la communauté universelle. L'idée unitaire, un moment au pouvoir avec Law, puis mêlée confusément au grand courant libéral et individualiste du xviie siècle, qui se précipite en sens inverse et qui l’entraîne sans l'engloutir, reparaît entre les factions militantes de la révolution; elle reprend ensuite le caractère scientifique de son origine, agrandit son cadre pour y faire entrer, avec l'économie politique, tous les autres aspects de la vie sociale, et fonde, au xix° siècle, des sectes, puis de nouveaux partis, dont les doctrines seront longtemps encore l’objet d'orageux débats. Les esprits les plus aventureux de cette école ont bien su revendiquer et glorifier leur père dans le réformateur écossais, quoique Law, comme il arrive aux inventeurs, n’eût sans doute point aperçu toute la portée de son système et n’eût probablement pas accepté tout ce qu'on pouvait en déduire.
Ce n’est pas le lieu de discuter l'idée unitaire en général, et bien moins les développements si divers qu’on lui à donnés : bornous-nous à rappeler cet axiomc : que toute doctrine qui n’associe pas les deux principes d’individualité et d'unité, de liberté et d'ordre !, est une doctrine incomplète et, partant, fausse. Quant au système spécial de Law, quelques observations sont nécessaires. Le développement du crèdit, la substitution, sur une grande échelle, du signe-promesse au signe-gage et valeur, c’est-à-dire de la confiance au paiement immédiat, était une excellente pensée, mais à condition de ne pas forcer la nature des choses. Qui dit confiance, dit liberté ; la confiance ne se décrète pas. On ne peut me contraindre à prendre une promesse pour la chose promise ellemême, si je ne crois pas à la promesse : le papier, qui n’a presque aucun prix, ne peut donc remplir le rôle des métaux précieux; il ne peut que les représenter par une convention libre. L'État ne peut, pas plus que les particuliers, créer de la valeur, c'est-à-dire faire quelque chose de rien ? : il authentique les valeurs existantes,
1. Nous entendons par ordre l'harmonie, la coordination des existences tibres. 4 . , . .
2. Law n’a pas dit précisément que l'État pouvait créer de la valeur, mais bien créer