V. P. Chasles, Revue des Deux-Mondes du 15 avril
rèse, fait exception par ses mœurs sévères ; mais la maison d’Au: triche montre, en compensation, toute la dureté de cette étroite dévotion qui a pour principe la peur de l’enfer et non l’amour de Dieu et des hommes. Quant à la Russie, chaque changement de règne, et ils sont fréquents! est une tragédie classique avec complots, poignards, poison et proscriptions. Pierre le Grand a passé pour empoisonné par sa femme; sa femme par son favori, cela est douteux; mais ce qui ne l’est pas, ce sont les exécutions effroyables qui signalent chaque révolution de palais, jusqu’à ce que la tzarine Élisabeth commue définitivement les massacres en déportation dans l’enfer glacé de la Sibérie.
On doit convenir que cette revue des monarchies européennes relève bien la mémoire de Louis XIV et fait admirer qu’un roi absolu ait pu rester relativement si honnête homme. On doit reconnaître aussi que la maison de Bourbon, avec ses d'Orléans abîmés dans l’orgie, ses Condés bassement cupides ou maniaques de cruauté lubrique, n’était qu’au niveau du reste des maisons souveraines, et que la Régence n’a pas mérité d’être le bouc émissaire de tous les débordements de l’Europe : le roi de Portugal, avec son confesseur et ses trois cents nonnes, valait bien le régent et madame de Berri avec leurs communions sacriléges au sortir de l'orgie'. Louis XV a donné jusqu'ici sa part très-suffisante de scandale, mais ce n’est à qu’un prélude, et c’est à lui qu'est réservé le triste honneur de dépasser la moyenne des corruptions princières et d'effacer les vices du régent par des vices plus bas et plus lâches. Il a encore bien des degrés à descendre jusqu’au fond de cet océan de fange où il restera enseveli !
Les princes de l’Église ne sont pas plus édifiants que les princes temporels. A la vérité, la souillure, ici, ne remonte pas jusqu’au rang suprème : on ne voit pas plus reparaître sur la chaire de saint Pierre les horribles scandales du xv* siècle que les fureurs fanatiques du xvr : les papes du xvure siècle ne font pas grand bruit dans le monde; ils sont gens de mœurs paisibles et décentes,
1. Un trait honorable pour les Courtisans, c’est qu’à partir de la mort du régent, les chevaliers du Saint-Esprit s’abstinrent d’aller communier à la messe annuelle de leur ordre, ne voulant plus se prêter à un usage qui n'était plus, dans l’état des mœurs, qu’une profanation des rites religieux. V. Lémontei, t. II, p. 302.