‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 207 sur 327 · BOULAINVILLIERS. DUBOS. ST.-PIERRE · texte numérisé non relu

BOULAINVILLIERS. DUBOS. ST.-PIERRE

pire romain sur les Gaules, et que la féodalité s'était établie par pure voie d'usurpation, plusieurs siècles après. Il prouva au moins, chose très-importante pour notre tradition, que le régime municipal gallo-romain, la société civile antique, avait persisté sous les rois franks. L'opinion du public et des savants se prononça pour Dubos; mais la querelle n’était pas finie, et une autorité illustre, Montesquieu, y devait interposer une médiation qui re fut pas tout à fait impartiale.

En dehors des systèmes historiques, les études politiques proprement dites préoccupaient beaucoup d’esprits. Il y eut, de 1724 à 1731, une tentative remarquable pour former une espèce d’académie libre des sciences morales et politiques, sciences qui n’avaient pas leur place dans les académies royales. Un abbé Alari, homme d’esprit et de savoir, organisa chez lui, dans un entre-sol de la place Vendôme, des conférences périodiques, où une vingtaine de diplomates, de magistrats et de gens de lettres vinrent débattre toutes sortes de matières politiques : la tradition de Fénelon et surtout de Vauban domina dans cette réunion, qui dut probablement à un de ses membres, lord Bolingbroke, le non anglais de Club de V’Entre-sol. C’est la première apparition du nom de club parmi nous. L’infatigable abbé de Saint-Pierre encombrait l’Entre-sol de ses mémoires : nous avons mentionné ailleurs so» utopie de la Paix universelle et ses efforts pour la réforme de impôt. IL voulait tout réformer, depuis la procédure jusqu’à l'orthographe. Homme à panacées, il croyait préserver l’État de tous maux, au dehors, par la diète européane destinée à prévenir les guerres, et, au dedans, par le scrutin perfectionné, combinaison de listes de candidature aux fonctions publiques, qui seraient présentées au roi par chaque catégorie de fonctionnaires, en cas de vacances. Grand ennemi des dépenses inutiles, il allait même jusqu’à envelopper les beaux-arts dans sa réprobation du faste et du luxe. Il mêlait néanmoins presque toujours des vues saines à ses utopies ; ainsi, sur l’unité de code, sur la tolérance religieuse, sur le perfectionnement moral de l'éducation (Projet pour perfectionner l'Éducation, avec un Discours sur la grandeur et la sainteté des hommes; 1728; in-12). Dans une lettre de ses dernières années

1740), il exprime un sentiment d’un patriotisme touchant : « Je

«meurs de peur, dit-il, que la raison humaine ne croisse davan- «tage et plutôt à Londres qu’à Paris, où la communication des « vérités démontrées est, quant à présent, moins facile ». Homme d'Église, ilse montre partout religieux avec conviction et simplicité; mais il se prononce nettement pour le mariage des prêtres".

Le timide Fleuri s’effaroucha de l’Entre-sol et obligea les nouveaux académiciens de cesser leurs assemblées. Ce mouvement de politique théorique, ainsi arrêté, se résuma dans un livre qui n’a pas eu tout le retentissement dont il était digne, parce qu'il ne fut publié qu'après la mort de l’auteur et à une époque où il était dépassé par des œuvres plus radicales et plus éclatantes (en 1765), mais qui, replacé dans le milieu et dans le moment où il fut écrit (avant 1739), mérite au plus haut degré l'attention de l’historien. Ce sont les Considérations sur le Gouvernement de la France, par ce marquis d’Argenson, dont le nom revient si souvent sous notre plume : d'Argenson fut véritablement, dans ce demi-siècle, le premier après les hommes de génie et les devança souvent.

D’Argenson part d’un fait d'expérience, l’infériorité économique de la France, administrée, sauf quelques exceptions, par les officiers du pouvoir central, vis-à-vis des pays administrés par les pouvoirs locaux, et surtout vis-à-vis des républiques. « La France, dit-il, est peut-être le seul pays chrétien où la police soit confiée à des officiers royaux qui ne répondent de rien au peuple, et qui insultent plutôt qu’ils ne défèrent à ses plaintes. C’est de quoi l’on s'aperçoit lorsqu'on voyage sur nos frontières : il est inutile de demander où finit le territoire de France; l’état des chemins et de tout ce qui est au public en fait assez apercevoir ». Quel remède opposer à ces abus de l'arbitraire qui enlèvent à la France le bénéfice des dons de la nature? — Est-ce la limitation du pouvoir royal par les États-Généraux ou Provinciaux ? — Non : le partage de l’autorité suprême est contre la nature des choses. Les philosophes politiques ont préconisé en vain le mélange des trois éléments monarchique, aristocratique et démocratique :

1. Annales politiques; an. 1717. — V. pour l’ensemble de ses autres écrits, Ouvrages

de Politique et de Morale, par l'abbé de Saint-Pierre; Rotterdam, 1734-1741 ; dix-huit volumes in-12, — Sur l'Entre-sol, Mém. de d’Argenson.

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