‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 217 sur 327 · VOLTAIRE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE EN ANGLETERRE

éloquents ou ingénieux, quelques vers bien frappés, mais qui attaquaient, en masse ef carrément, avec de gros livres, par l’érudition et le raisonnement; école critique qui n’était pas un monstre solifaire, comme la philosophie de Hobhes, mais qui sortait naturellement, sinon toujours légitimement, du libre examen, dégagé des dernières réserves qu'avaient respectées les plus hardies des sectes protestantes, même les Sociniens et les Unitaires.

La liberté politique eût semblé devoir devenir la principale préoccupation de Voltaire, si maltraité par le despotisme monarchique. Il reçut bien, en effet, un souffle assez vif de ce côté, mais le mouvement général et habituel de son esprit continua de se porter ailleurs. Cet esprit, si influençable par la vanité dans les petites choses, était, au fond, trop spontané, trop entier, trop vrai dans sa nature, pour qu'aucun intérêt, aucun ressentiment privé, changeât ses visées essentielles. Sa conviction était que le mal essentiel était moins, pour les peuples, dans le pouvoir des princes que dans le pouvoir des prôtres; que le fanatisme Sacerdotal avait enfanté les calamités dont les rois n'avaient été que les instruments. Renverser le fanaiisme par la philosophie du sens commun et par les sciences expérimentales, qui, suivant lui, renversent les données imaginaires sur lesquelles le fanatisme Ss'appuie, telle était, à ses yeux, la plus grande gloire qui püt être donnée au génie, la plus grande révolution qu'il y eût à opérer en ce monde. Le reste n’était qu’accessoire et viendrait en son temps.

I] était arrivé en Angleterre avec quelque chose de plus qu’une vague croyance en Dieu, entée sur le scepticisme : il avait un Système, mais c'était déjà l'Angleterre qui le lui avait fourni. Nous avons parlé, ailleurs", de l’optimisme de Leïbniz; c'était une théorie complète, embrassant toute l'essence des choses, toutes les destinées de tous les êtres dans la série de leurs transformations. Les déistes anglais, Shaftesbury”, Bolingbroke, s'étaient approprié cette théorie en la mutilant : ils en avaient retranché les

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