‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 220 sur 327 · LETTRES SUR LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LES ANGLAIS

réelle que les pairs du royaume; les cadets des pairsse font négociants, tandis qu’en France le moindre hobereau de Gascogne méprise les gens de négoce. Il apprécie parfaitement les conséquences de cette opposition de mœurs pour la puissance et la richesse des deux pays : il voit aussi l’avantage, pour les bonnes études, de ce gouvernement parlementaire qui force l'élite de la nation d'apprendre à parler et à écrire sur les affaires publiques. C’est la contre-partie de l’admiration de Chesterfield pour la supériorité de l'éducation française au point de vue des salons.

Dans une autre lettre, avec toute la chaleur que peut inspirer l'humanité, il recommande d'introduire en France l'insertion de la petite vérole (Yinoculation), qui, apportée de Constantinople en Angleterre, y rend presque inoffensive la terrible maladie qui, depuis des générations, tue ou défigure chaque année en Europe des victimes sans nombre. Les préjugés de toute nature vont se liguer contre ce bienfait et, trente années durant, prêtres et médecins fermeront à l’inoculation l’entrée de la France.

Voltaire n’examine pas toute la philosophie anglaise; gardant une certaine prudence dans son audace, il écarte la controverse directe du déisme contre la religion révélée et n’aborde que trois philosophes, mais bien choisis, Bacon, Locke et Newton. La Lettre sur Bacon doit marquer dans l’histoire de la philosophie. De ce moment commence le grand bruit que le xvin: siècle fait autour de ce nom, qui avait jusque-là peu retenti en France. Voltaire exhume dans Bacon le père de cette philosophie expérimentale qu’il veut opposer à la philosophie de la raison pure ; il fait ainsi une tradition à son école, puis il passe de Bacon à Locke, du précurseur au Messie. La Lettre sur Locke est aussi hardie d’intention que faible de conception 2, Il juge avecune étrange légèreté

plus frappé. — Montesquieu remarque, de son côté, que l’agriculture anglaise avait fort dépassé la française : les Anglais exportaient beaucoup de grains : la France ne faisait plus que se suffire.

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