V. sur Bacon, notre t. XII, p. 18 et suivantes
2. Il commence par poser que jamais peut-être il ne fut un esprit plus méthodique et un logicien plus exact que Locke, quoiqu'il ne fût pas grand mathématicien ; c’est tout le contraire qu’il fallait dire; c’est parce que Locke ne put jamais se soumettre à la sécheresse des vérités mathématiques, qui ne présentent d'atord rien de sensible à esprit, qu'il ne fut pas un grand métaphysicien, qu'il ne distingua pas le con-
les anciens et Descartes, travestit la doctrine des idées innées, adopte avec transport le principe que toutes les idées viennent par les sens, loue surtout Locke de s'être toujours aidé du flambeau de la physique et aboutit à célébrer, comme le comble de la sagesse, le doute exprimé par Locke : si un être purement matériel pense ou non, en laissant voir qu’il incline à l’affirmative, c'est-àdire que non-seulement la matière, la substance étendue, en général, mais les corps, c’est-à-dire les composés, peuvent penser ‘. La confusion des idées sous la clarté superficielle du langage, l'absence de toute définition sérieuse des termes, attestent qu'il n’y a plus véritablement de métaphysique?.
Le terrain est meilleur pour ce qui regarde Newton. Voltaire montre avec lucidité la supériorité de l'attraction newtonienne sur les tourbillons ; il expose brillamment la belle découverte de la décomposition du prisme et lesavantages du télescope à réflexion, adopté par Newton ; mais, en même tèmps, il préconise le système erroné de l’émission newtonienne contre le système mécanique des ondulations, ébauché par Descartes, développé par Huygens et démontré définitivement de nos jours.
Aux Leitres sur les Anglais est jointe une longue lettre dont l’objet direct est étranger à l'Angleterre, mais non pas au système que Voltaire a emprunté des Anglais : c’est une réfutation des Pensées de Pascal. Le jansénisme a son tour après le cartésianisme. Voltaire aux prises avec Pascal, c’est la lutte du bon sens contre le génie qui s’égare, mais d’un bon sens privé d’idéal, qui ne voit ni au-dessus ni au dedans de l’homme, et qui ne juge sainement que la vie extérieure et de relations. Malgré tout ce qu’il y a de raison pratique dans les réponses de Voltaire aux emportements jansénistes, Pascal n’est pas réfuté à fond, parce qu’on ne peut réfuter une conception de la destinée que par une autre, et que Voltaire s’interdit précisément toute visée à cet égard. L’opti-
cavable de l’imaginuble et qu’il perdit, dans les phénomènes sensibles, la science de la raison abstraite. Lettres philosophiques, p. 120 et suivantes; Amsterdam, 1734.